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Céline Saby, Photographe. 

Construire des univers en associant les couleurs

Céline Saby dans son appartement du 20e.

Objets personnels et mur bleu Klein.

Le Monde de RÉUNI explore l'univers, le parcours et les points de vue d'artisans, d'artistes, d'entrepreneurs, de personnalités des industries créatives et culturelles qui contribuent à la préservation et à la valorisation des savoir-faire et qui influencent d'une manière ou d'une autre notre esthétique et notre art de vivre.


Devenue photographe à l’aube de son 40e anniversaire, Céline Saby imagine des natures mortes avec les objets et les couleurs qu’elle accumule et assemble. La forme, la matière, la couleur, l'esthétique d’un objet lui procurent des émotions qu’elle cherche à retranscrire en images. 


Les pigments sont prégnants dans son travail, mais aussi dans son appartement du 20e arrondissement dans lequel elle nous reçoit ; un lieu de vie à l'image de ses compositions photographiques bigarrées.


Passionnée par les objets et l'histoire qu’ils peuvent raconter, elle porte aussi un véritable amour pour les autres, pour les mots et l’écriture. Elle nous parle de l’adolescence, de l’intensité du rock et de l’énergie de l’océan qui l'inspirent au quotidien.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur toutes les plateformes d’écoute de podcasts, ainsi que la retranscription en bas de la page.

Le hall d'entrée du bâtiment de Céline. 

Le salon vert d'eau. 

Bonjour Céline, comment te présentes-tu hors de ton contexte professionnel ? 


Je dirais que je fais des images plutôt que de dire que je suis photographe. Je ne suis pas quelqu’un qui capte le réel, je suis quelqu'un qui construit des univers en associant des couleurs. Je fais des photos et je compose des couleurs ensemble.  


Nous sommes chez toi, dans ton appartement qui est plein de couleurs et plein d’objets, explique-nous où est-ce que nous sommes exactement ? 


Nous sommes à Paris dans le 20e arrondissement, très près de Jourdain et de la Place des Fêtes. Je suis arrivée dans ce quartier il y a presque 30 ans, c’était un vrai coup de cœur. Lorsque je suis arrivée à Paris, j’étais en école de cinéma à Paris 8 et j'étais fille au pair au Pré-Saint-Gervais. J’allais souvent dans le centre de Paris à pied, je descendais toute la rue de Belleville depuis la Porte des Lilas et je traversais Jourdain avec cette église, ces petits cafés et je me disais quand je serai grande, mon rêve serait d'habiter ici. Cela s’est fait tout seul. Un jour, je vais à une fête chez une copine et elle me dit qu’il y a un appartement à louer dans son immeuble. C’était à l’angle de la rue Fessard et de la rue de la Villette. Je m'y suis installée avec mon copain, j'étais encore étudiante et depuis, je suis toujours dans ce quartier. Il y a aussi d’autres petits signes qui m’ont fait dire que c’était mon endroit. Je suis très admirative du travail du réalisateur Leos Carax et il se trouve qu'il habitait dans le quartier. Il y a toujours l'acteur Denis Lavant aussi. Moi qui étais étudiante en cinéma à ce moment-là, je trouvais ça génial de me dire que j'étais dans le quartier où un cinéaste et un comédien que j'admirais vivaient. C’est toujours un quartier très convivial, je peux aller au café toute seule et croiser quelqu'un avec qui je vais discuter. 

Ce que j’aime bien avec le 20e arrondissement c’est le sentiment d'être sur une colline que tu descends pour aller dans la ville. 

Céline dans sa grand pièce de vie aux murs bleu Klein et rose. 

Tomettes et sabots. 

Comment as-tu agencé et décoré cet appartement et pourquoi ces couleurs ? 


Je dirais que j’ai décidé de tout, on a fait beaucoup de choses nous-même et avec un de mes copains très doué. Premièrement, j'ai eu un vrai coup de cœur pour ce rose. Je m'inspire beaucoup de vêtements, je m'inspire beaucoup d'un bout de tissu, d'une écharpe, d'une robe. J’adore les compositions de Marni, de Prada, de Dries Van Noten. La mode m'inspire beaucoup pour la déco. Finalement, la mode ne représente pas des choses que j'ai envie d'avoir, mais elle stimule ma créativité. 


Comment s'appelle ce rose ? 


Je ne sais pas, je l’ai trouvé sur un bout de carton et je suis allée chez le marchand de peinture pour que l’on réussisse à retrouver cette couleur. Quand je travaille, je choisis une couleur, je pars de celle-ci et je vais y associer une deuxième couleur. Je fais ma gamme de couleurs. Ici, je trouvais que c’était très beau d’avoir ce bleu associé à ce rose. J'ai eu plus de mal à trouver la troisième couleur. Au début, j'avais un chocolat qui fonctionnait très bien, et puis finalement, c'était un peu sombre. J'ai trouvé ce vert il y a un an qui est un vert d’eau, il y avait vraiment cette idée de l’eau.

 

Nous avons eu un coup de cœur en visitant cet appartement, c'était complètement années 70 avec du vert amande et du rose saumon, avec de la moquette même dans les salles de bains. 

La cuisine rose. 

Les étagères de la cuisine

Est-ce que tu as toujours su que tu voulais travailler dans l’image ?  


Je crois que j'ai un peu fait les choses comme je les aimais, sur le moment. J'aimais voir des films, j'ai voulu, je pense, à un moment, être comédienne. J'ai fait beaucoup de théâtre en province quand j'étais adolescente. Quand je suis arrivée à Paris, j'ai eu un choc, je me suis rendu compte qu'il y avait vraiment beaucoup d'étudiantes en théâtre et ça m'a fait un peu peur. Je trouvais que le théâtre était beau quand il était léger, mais le fait que ça devienne quelque chose de rageux dans lequel tu mets tes tripes sur la table à chaque fois, ne me convenait pas. J’ai senti que cela ne me ferait pas du bien, j'ai senti que ça allait me mettre trop en danger. J'ai donc décidé de ne pas continuer dans ce domaine. Par ailleurs, j'aimais beaucoup le cinéma, mais je crois que je ne voulais pas non plus être réalisatrice. Je suis allée jusqu’en maîtrise et puis j’ai eu une période où j'étais assez perdue, je ne savais plus du tout ce que je voulais vraiment faire. Cette période a un peu duré et puis j'ai eu un enfant et ça a comblé un vide. Pendant ma grossesse, je me suis mise à bricoler et à fabriquer des lampes, sans objectif et puis finalement, elles ont eu du succès donc j'ai fait des lampes pendant 15 ans. 


En parallèle, tu avais aussi cette appétence pour le mot, pour l’écriture…


Complètement, je tenais un blog, et je voulais être un peu l’anti-blog des familles où tout va bien. Je voulais que ça soit la vie un peu raide, un peu dure. Il y avait beaucoup de blogs avec des filles super jolies, dans des intérieurs super jolis avec des enfants blonds avec de magnifiques boucles. C'était la vie rêvée de la mère avec ses enfants magnifiques. Moi, je voulais qu'on sente la rugosité du quotidien, je voulais qu'on sente la difficulté du couple. J’ai eu un petit succès d’estime à ce moment-là, lorsque j’ai décidé d’arrêter les lampes.

Le salon bleu Klein et ses objets colorés. 

Les étagères remplis d'objets collectionnés au fil des années. 

Pourquoi ce choix de la nature morte ? On sent que l’objet est très important pour toi…


Je ne sais pas trop l'analyser. L'objet, c'est un peu la même idée qu'avec la couleur, c'est-à-dire qu'il y a un objet qui en appelle un autre. Donc j'aime un objet, mais j’aime un objet associé à un autre objet et donc cet autre objet va peut-être être bien associé à un autre encore. Il y a une espèce de besoin de composition et d'association de choses qui se racontent les unes avec les autres, les unes par rapport aux autres. Je pense que ce qui me plaît dans la nature morte, c'est la possibilité de faire une image seule, c’est vraiment ce qui me procure du plaisir. Si je suis seule avec une orange, il peut y avoir une rencontre. Cela me rend très libre et me procure beaucoup de plaisir, de satisfaction. Ma collection d'objets est aussi venue de là. Peut-être que si je ne faisais pas de nature morte, je n’aurais pas tous ces objets, mais mon excuse, c'est que je peux l'acheter parce que je le prendrai en photo. 


Comment travailles-tu ? Pourquoi un objet peut-il accrocher ton regard ? 


Cela peut être sa forme, sa couleur, l'esthétique, la matière puis le rapport d’un objet avec un autre objet. Par exemple, je vais me dire que ce vase orange va être parfait avec ces bougeoirs bleus, si je mets des bougies un peu caramel ça sera super. 


Il y a une part d'instinct, mais il y a quand même toujours le même processus. Je pars d'une couleur et je vais construire mon set autour de cette couleur.

Vase orange et bougies caramel.  

Campo di Marte de Nathalie du Pasquier, une artiste que Céline aime beaucoup. 

Je vois qu’il y a aussi beaucoup de livres. Tu as installé celui de Matisse ici en orange pour la couleur ?


J'ai mis Matisse parce que j'adore Matisse depuis que je suis enfant.


Il avait une relation à l’objet qui était très forte, à la couleur aussi… 


Oui, complètement, je suis addict et fan. Mais mon premier choc de couleur, c’est Rothko, au musée d’Art Moderne. Il y a eu une rétrospective à Paris dans les années 2000, et ça a été une vraie révélation, un choc. Ces associations de couleurs, ces dégradés, c’est incroyable. La révélation aussi pour moi, ça a été Annie et Josef Albers. Le travail qu’ils ont fait sur les associations de couleurs, j'adore. Ils expliquent comment une couleur vit par rapport à une autre, comment cela la fait vibrer, comment cela la densifie.  


Quels sont tes autres maîtres de la couleur ? 


J'adore Nathalie du Pasquier, est-ce que c'est pour la couleur, je ne sais pas, c'est tout un ensemble de Nathalie du Pasquier. J'aime beaucoup ses dessins, ses compositions, elle a fait du mobilier aussi et elle faisait partie du mouvement Memphis. Récemment, j'ai adoré l'expo Sottsass avec les céramiques, que j'ai trouvé dingues, le mobilier, la composition du mobilier. Je trouve cela très intéressant et ça me réjouit beaucoup. Pour la décoration, j'ai découvert, quand j'ai commencé à chercher comment composer la cuisine, un Belge qui s'appelle Dries Otten, j'adore son travail. Mon fournisseur d'objets qu’il faut que je cite parce que je l'adore, c’est Lux Perpetua. Elle a monté un lieu avec d'autres qui s'appelle Le 73, rue Jean-Pierre Timbaud. Elle chine des objets incroyables, c'est chez elle que j'ai trouvé la bouteille serpent que j'adore et plein d'autres choses. 

Le tapis du salon. 

Photographie de Pierre Hybre. 

Quelle est ta relation aux vêtements ? 


C'est une relation de plaisir, c'est fun pour moi le vêtement, c'est un jeu. Je ne mets aucune gravité, il n’y a pas d’enjeux dans le vêtement. Je ne peux pas dire que c’est un déguisement, mais c’est fait pour s’amuser, c’est toujours cette idée de composer et d’associer des couleurs. Ça me réjouit, ça m'amuse et ça me procure du plaisir, la couleur me met en joie. 


J’ai le sentiment que tu es très attirée par la couleur, est-ce que la forme du vêtement a une importance pour toi ? 


Oui bien sûr, mais je choisis quand même un vêtement pour sa couleur. Après, il faut que la forme me convienne, que je sois bien dans le vêtement, mais c’est en deuxième plan.

On arrive dans ma chambre, il y a un tapis très coloré, ramené du Maroc, et ça par exemple, ça me réjouit autant qu'un tableau.

Le tapis ramené du Maroc. 
De la couleur même dans les chaussures. 

Quels sont tes projets pour les prochaines années ? 


J'aimerais bien refaire un livre, un livre de textes et d'images. J'aimerais bien retrouver cela, mais il faut de l'ennui. Je pense qu’il faut du vide pour l'écriture. Pour la photo, j'ai plus de facilité à commencer un projet. L’écriture ça demande beaucoup plus d'espace mental.


Est-ce que tu es en phase avec notre époque ? 


Je crois. Je pense que ce qui me fait aimer notre époque, c'est d'avoir des ados. J'adore les écouter raconter leur perception du monde. Parfois, c'est dur, ce n’est pas plus ou moins dur que ce que j'ai vécu ou que ce qu'ont vécu mes parents ou les générations précédentes mais c'est toujours une perception assez dure. C’est une perception assez noire et en même temps pleine de projections, pleine d'espoir et de désir. 

Les colliers Céline.

Les tableaux et photographies à même le sol de la chambre. 


Comment décrirais-tu ton lifestyle ou plutôt ton art de vivre ? 


Mon lifestyle, c'est d'être assez tranquille, de laisser venir. Je ne suis pas en force, si ça ne vient pas, je vais faire du vélo, je vais marcher ou je vais aller acheter un objet qui va peut-être me stimuler. J'attends que les choses viennent à moi, je prends ce qu'il y a à prendre. Par exemple, je peux dire que j'aimerais faire un livre, mais s'il ne vient pas, je ne vais pas forcer les choses. Je prends mon temps le matin, je passe beaucoup de temps avec mes amis, je consacre beaucoup de temps aux gens plutôt que d’aller voir des expos. Par exemple, si je me dis que je vais aller voir un film ou une expo, mais que finalement il y a une copine que je croise en route, je vais m'arrêter au café et discuter avec elle, et je vais regarder les gens passer. Je suis beaucoup dans le plaisir de vivre, même si je suis aussi extrêmement stimulée par un film, une expo ou une musique. D’ailleurs, la musique aussi est très importante, c'est un moteur pour moi. 


Ce que l’on ressent chez toi, c’est l’ambivalence entre la nature morte, la photo figée, et l'énergie de l’adolescence, des groupes de rock, de l’océan… Comment est-ce que tu le fais vivre par la photo ?


Je dirais que c’est par la couleur. J'espère que j'arrive à donner à la couleur quelque chose de vivant, de vif, mais pas forcément de pop. C'est quelque chose qui peut vraiment m'agacer, dès que l’on met des couleurs vives, on est pop. Je trouve que j'utilise un langage coloré qui n’est absolument pas pop et qui a une forme de subtilité qui fait que c'est moderne. En tous les cas, j'espère, j'y mets une intention de modernité, de décalage et de vibrance.

Photographie de Céline. 

Quelle serait la bande originale de ta vie ?


Il y a un artiste que j'adore depuis que j'ai 20 ans, qui s'appelle Bill Callahan, qui avait un groupe qui s'appelait Smog. C'est une sorte de country américaine et je suis fan. Après, je mettrais Neil Young, The Cure, Cat Power. J'adore aussi la chanson française, j'adore Dominique A, Bertrand Belin. J'ai une culture vraiment rock, j'ai grandi avec les Rolling Stones, les Beatles, The Cure, Depeche Mode.


Qui souhaiterais-tu entendre dans ce podcast ? 


Je vais parler de Céleste, c’est une photographe. Elle est franco-argentine et elle s'appelle Céleste Leewenburg et j'aime beaucoup son travail.

Pour découvrir l’intégralité de l’interview retranscrite cliquez ici.

Retrouvez également l’interview sur toutes les plateformes d’écoute de podcasts.

Crédits photos RÉUNI.


Références :

Le compte Instagram de Céline Saby : https://www.instagram.com/celinesaby/

Le site de Céline Saby : https://celinesaby.com/

Le Tumblr de Céline Saby : https://mavieetcelledesautres.tumblr.com/

Jeffersen Fouquet : https://www.instagram.com/jefferson_fouquet/ 

La boutique Arty Dandy : https://artydandyofficiel.com/contact/

Le travail de Nathalie du Pasquier : https://www.nathaliedupasquier.com/home2.html 

Atelier Beau Travail : https://www.instagram.com/atelierbeautravail/?hl=fr 

Ressource Peintures : https://ressource-peintures.com/

Dries Otten : https://driesotten.be/

Pierre Hybre : https://www.instagram.com/pierre_hybre/

Ganterie Maison Fabre : https://www.instagram.com/maisonfabre/

Lux Perpetua : https://www.instagram.com/lux_perpetua_paris/?hl=fr 

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