Frédérique Picard, Directrice Générale de Carel,

“J’aime entasser du plafond jusqu'au plancher”  

Le monde Réuni, une émission produite et réalisée par Réuni, qui vous plonge dans l’univers et l’intimité d’une personnalité du monde des arts, de l’artisanat, et de la culture. Toutes et tous influencent d’une manière ou d’une autre notre esthétique, notre art de vivre et notre vision du monde. Je vous propose le temps d’une rencontre d’explorer le leur. 

Retrouvez cette émission en texte et en image sur www.reuni.com

 

Après plusieurs années passées à vivre dans le Marais, c’est dans le 10e arrondissement de Paris que Frédérique Picard décide de poser ses valises et ses tableaux ; un quartier vivant dans lequel elle retrouve le charme d’un Paris d’antan peuplé d’échoppes et de petits artisans. Elle nous raconte son amour pour l’art et pour la chine dans son appartement aux allures baroques, dans lequel elle reçoit chaque semaine sa grande famille autour d’une pasta cuisinée par son amie Vittoria. Collectionneuse compulsive, elle voit dans les objets anciens, les souvenirs d’une époque révolue. Vases Vallauris, herbiers, vaisselle, chinoiseries... Elle envisage ses collections comme la préservation de savoir-faire et de pratiques qui tendent à disparaître.

 

Cette grande adepte du vélo, nous emmène d’une rive à l’autre de la Seine jusqu’à la boutique-amiral de Carel, rue Tronchet, où ses bureaux sont installés - en passant par sa trattoria italienne préférée et son fidèle encadreur dans le 10e. Une boutique qu’elle a souhaité joyeuse, vivante dans laquelle il fait bon travailler. 

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview surtoutes les plateformes d’écoute de podcasts,



Le monde intérieur : 


Adrien Garcia : Bonjour à toutes et à tous. 


Frédérique Picard : Salut Adrien ! 


Bienvenue dans le monde de Réuni et je suis aujourd’hui avec Frédérique Picard. Bonjour Frédérique !


Bonjour et bienvenue chez moi.


Dans cette première partie, j’aimerais bien découvrir ton monde intérieur. Alors explique-nous, où est-ce qu’on est ? Dans quel coin de Paris ? Et quel est ce lieu ? 


Alors on est Rue de Paradis, c’est un nom un peu sympa. Dans le 10eme. C’est mon antre, il se passe plein de choses. On est chez moi. Exactement dans ma cuisine, qui est ma pièce principale. 


D’accord pourquoi tu as choisi ce quartier en particulier ? 


Je suis venue du Marais. J’ai connu le Marais il y a 20 ans, à l’époque il y avait des commerçants chinois partout, c’était un peu le bordel. Mais aujourd’hui, c’est devenu des galeries, hyper chics, et ce n’est pas trop mon truc. Moi j’aime les quartiers, en devenir et le 10ème c’est ça, c’est un grand quartier de Paris dans lequel il se passe des choses tout le temps. Je suis à 2 mètres de la rue Poissonnière, Il y a toujours un nouveau boulanger, une nouvelle expérience de food, un nouveau restaurant bien sûr, d’ailleurs je t’emmènerai chez Vittoria qui est Sarde et qui fait de la pasta bio qui est d’ailleurs beaucoup mise en avant par la Mairie du 10ème car elle fait tout en zéro déchet. Donc voilà c’est que des choses comme ça, avec un truc en plus. 


Et là, on est dans ta cuisine dans cet appartement. Et comment définirais-tu cet appartement et pourquoi tu as eu un coup de cœur pour cet endroit ? 


D’abord, ça faisait un an et demi que je cherchais. J’ai vendu le mien très vite en pensant que je trouverais rapidement, mais pas du tout. Donc j’étais nomade pendant un moment, je passais 15 jours dans un endroit, puis dans un autre et il fallait absolument que je me pose. Et celui-là, c’est comme un coup de foudre, il y avait un petit rayon de soleil qui passait sur le parquet et c’est comme un coup de foudre, il paraît que les femmes se décident très vite, c’est peut-être un cliché, mais je suis arrivée j’ai fait un tour 5 minutes sans rien dire à l’agence évidemment, car je voulais le renégocier. mais je me suis dit “tiens c’est un bon endroit pour poser mes valises”. Et puis, j’ai apprécié cette grande hauteur sous plafond et comme j’ai pas mal de tableaux en démesure très grands, très hauts, donc je ne peux pas avoir des tout petits murs, donc il me fallait des grandes surfaces pour en accrocher quelques-uns. 


Tu as fait des travaux ? Ce qu’on peut dire c’est que l’esthétique est un peu chargée (rire). 


On peut même parler de surcharge, c’est baroque. J’aime entasser du plafond jusqu’au plancher. 


Alors explique-nous cette esthétique. Ce vient de quoi, tes parents sont aussi comme ça ? 


Non chez mes parents, c’est assez sombre. C’est classique. Tu vois la salle à manger, les six chaises autour, un petit tableau, un petit tapis, un petit vase posé dessus… et puis c’est bon (rire)


Toi non, c’est chargé. Alors pourquoi ? Est-ce que c’est parce que tu es une collectionneuse compulsive ? 


Alors moi quand je suis sur un truc, c’est obsessionnel. En ce moment je suis sur les herbiers. À chaque fois que j’en trouve dans une vente, je prends. Et c’est nouveau hein. Et j’aime beaucoup les herbiers qu’on faisait en famille, avec les enfants, … Et je pense que c’est quelque chose qui va disparaître bientôt. c’est très rare. Car je trouve des herbiers avec des espèces très rares… donc je trouve que ce sont des petits souvenirs que les gens font, mais aussi des souvenirs des espèces menacées. Et puis, j’adore la céramique, ça fait 30ans que j’ai plein de vases différents qui viennent un peu de partout. Mais comme je suis du sud, les Vallauris me parlent beaucoup. Vallauris c’est un village dans lequel Picasso avait un four et il a fait beaucoup de poteries. C’est un village de poterie, il y a plein de fours avec leur nom et leur numéro. C’était très important après-guerre où il y a eu une explosion de céramistes avec des couleurs dark, des noirs, des gris, des rouges bien plombés et c’est ça que j’aime. 


Ces obsessions, ça passe ? ou il y en a qui reste ? 


Souvent je dis à Romain qui est avec nous, tiens on va aller acheter un tapis pour les vitrines de Carel,  et je reviens et j’ai encore repris un vase Vallauris, alors que ce n’était pas du tout le but.


Donc tu es opportuniste lorsque tu vois quelque chose que tu aimes. Ce qui est intéressant dans cet appartement, c’est qu’on rentre directement dans la cuisine. Donc c’est vraiment la pièce la plus importante.


C’est la pièce à vivre. J’ai une famille nombreuse : j’ai quatre enfants, quatre fils. Donc quand ils viennent avec leurs chéries ça multiplie par deux… Donc ça fait que dans nos dîners hebdomadaires, on est vraiment super nombreux. 

 

Donc c’est vraiment la fiesta. Il y a du bruit, ça bouge. 


Oui, ils sont bien actifs.


En général, pas uniquement pour ta famille, tu aimes recevoir ? 


Pas mal, ça se passe plutôt de façon sympathique. Romain m’organise plein de dîners à la maison avec des influenceuses, on les reçoit ici, elles aiment bien … donc oui c’est vrai que j’aime bien ça.

 

Est-ce que t’es une bonne cuisinière ? 


Non, je suis une très mauvaise cuisinière. Je prépare uniquement 10 plats, toujours les mêmes (rire)


Et alors quel est ton top 3 ? 


Alors je me suis faite offrir il y a deux Nöels, le livre Simple de Ottolenghi, un chef israëlien. C’est tous les plats méditerranéens. Des aubergines à la parmigiana, des tiramisus, des salades, des entrées,… des petits trucs comme ça, amandes, petites betteraves. Des fruits secs aussi, un fruit et un légume. Et comme j’ai encore une petite maison au sud, à chaque fois que j’y vais, je ramène avec moi des herbes : du thym, du basilic, j’ai mes provisions,  je ne peux pas cuisiner sans herbes. 


Ce qui est intéressant dans cette cuisine, c’est que tu as une grande table d’hôtes et un grand plan de travail. tu peux cuisiner en parlant à tes invités,… 


Mais ça peut ne pas être moi qui cuisine. Mon mari est un homme qui adore cuisiner, mes quatre fils sont des champions de la pasta… Alors, c’est une table de couvent. Elle est très lourde. On ne peut pas la déplacer. Elle est d’un seul tenant, d’une seule planche. 


Oui, et parle-nous un peu des meubles, des tableaux, des pièces,… et des luminaires aussi. Et puis explique-nous quels sont les trois objets que tu affectionnes le plus et pourquoi. Mon œil est attiré partout ici. Ce qui m’impressionne ce sont ces luminaires, ce tableau avec deux routes qui se croisent à un carrefour. Parle-nous de ce tableau. 


C’est à un Camerounais qui s’appelle Joël Degbo. Il a eu un prix d’excellence au Beaux-Arts à Paris. Et il n’a même pas 30 ans. Et moi je l’ai vu en juin lors de l’exposition des travaux des élèves de leurs tableaux de fin d’année. Il y avait une cinquantaine de présentations. Mais j’ai discuté avec lui. Moi tu sais j’ai vécu en Afrique donc j’adore parler du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et en parler.  Il était hyper sympathique. Son seul problème c’est qu’il fait des tableaux immenses. Donc il n’avait pas beaucoup d’acheteurs parce que ce n’est pas facile à caser (rire). donc je lui ai lancé un défi. Je lui ai dit j’adore ce que tu fais ça me rappelle le travail d’un Belge qui s'appelle Delvaux qui fait des choses comme dans un rêve. D’ailleurs, il fait ses tableaux la nuit, il vit dans le 93 et il ne dort que 2 ou 3 heures par nuit, il va dans des zones intermédiaires entre ville et campagne et là il a fait ce tableau un peu comme ça. Et donc je suis tombée en amour de ce tableau. Mais comme j’ai été en plein déménagement je l’ai uniquement réservé… et 3 ans après je regarde ce qu’il faut sur Instagram et je le contacte pour savoir si l'œuvre était toujours disponible. Il l’a déroulée sur place et l’a installée sur châssis directement au mur. Moi qui suis une folle de campagne et de verdure,  je l’aime car il donne une perspective…Et la nature ça manque dans le 10eme c’est un peu le point faible. 

 

Une autre chose, effectivement, qui attrape le regard, ce sont les plantes. On voit effectivement une grande obsession pour les plantes, il y en a partout, sur le pallier… 


Regarde là-bas, je récupère les vieilles chinoiseries début de siècle que personne ne veut, et je les récupère et les combine avec des plantes. Ca comble mon amour pour les vieilles choses, souvent je retrouve des choses, des petits billets, des annotations à la main, “Jacqueline”, “Souvenir de Martine”, ça m'émeut beaucoup. Ça me donne un petit prétexte pour chiner en régions. 


Au niveau de la cuisine, as-tu une obsession pour la vaisselle ? 


(Rire) J'aime bien les plats et les verres, j’en ai une trentaine. Mais c’est ce qu’il faut, surtout que les gens aiment bien casser, mais ça porte bonheur. 


On avance dans l’appartement. Et là, on est dans le salon. C’est plus cosy, c’est un autre univers, Comment décrirais-tu cet endroit ? 


C’est la deuxième pièce à vivre. Il est un petit peu plus soigné, mais il y en a quand même partout. C’est là où je mets mes collections les plus précieuses. 


Tous les murs sont pris, il y a une espèce de grand tapis vraiment très beau. 


Je l’ai trouvé dans les ventes aux enchères. Ce qui est génial avec les ventes aux enchères, quand il y a beaucoup de choses, c’est à la fin que se vendent les tapis. Ils sont roulés, ils sont rarement vendus chers. Comme le commisseur priseur, il en a marre, les tapis sont bradés, ils sont vendus 20€ 30€, des trucs géniaux. C’est un vieux tapis qui a au moins 70 ans. Il est un peu pop, il m'inspire aussi pour les collections Carel aussi. 


Il y a aussi un beau canapé, des pièces de designer … Est ce qu’il y a un ou deux meubles dont tu pourrais nous parler ? Ce sont des pièces de designer ? 


Non, ce sont des pièces chinées. Et là ce sont deux chaises que j’aime beaucoup, c’était à ma mère qui nous a quittés il y a 3 ans. Ce sont des chaises Louis XIV faites à la main, mais elles ne sont plus du tout d’actualité. Elles ont un certain prix, mais aujourd’hui elles ne sont plus chères car elles ne sont plus à la mode, mais je pense que ça va revenir. Ça s'appelle des cabriolets, ça va par 4. Ce sont des bois fruitiers qui sont très tendres, faciles à travailler. Ils ont donc une couleur plus douce que le chêne. 


Et si tu devais garder qu’une seule pièce ici, ça serait quoi ? 


Mon bureau et mon dressing. Même c’est un peu le bordel ici. J’ai un petit bureau Paulin. Mais tout le monde l’a, car il l’a fait en série. Je l’ai depuis très longtemps. Ah oui, là c’est une photo que j’adore d’un artiste qui s’appelle Bernard Soria qui a fait ça à l’institut Français de la Mode à Paris. C’est un Stockman en lin. Là c’est mes petites bottines du jour en léopard. Là c’est un artiste russe qui s’appelle Monroe qui se prenait en femme et il a une manière de camoufler son sexe et on ne remarque rien. C'est un artiste déjanté, il est mort depuis. Mais c’est vraiment un grand artiste russe. Et là il a repris l’histoire de Danaé, cette histoire du grand-père qui a enfermé sa petite fille dans une tour avec des barreaux car on disait que son enfant tuerait le roi qui était son père. Et Zeus se transforme en pluie d’or et à travers les barreaux va la féconder. Et effectivement elle va avoir un enfant qui va effectivement tuer le roi. Les Russes aiment beaucoup représenter Danaé et cette pluie d’or, alors qu’elle est assez peu représentée en France ou en Hollande. 


Et donc la salle de bain ? Elle est canon ! 


Ce qui est intéressant dans cet appartement c’est qu’il circule, il n’y a aucun couloir. C’est comme un cercle.


Même dans la salle de bain il y a des œuvres d’art. 


Alors làil y a un thème particulier. Il y a toujours un arbre. Ca c'est un artiste belge qui s’appelle Avril, là c'est des cimetières à l’encre de Chine, … il y a toujours un arbre. Et là c’est un artiste des années 50 qui s’appelle Jacques Germain. Et là c’est un artiste qui s’appelle Romain Laprade qui fait des campagnes pour Gucci, et là il a fait des photos du Rayol. que j’aime beaucoup. Et c’est toujours un thème crayon et végétation. J’essaye quand même d’ordonner dans le bordel. 

 

C’est comme un voyage d’une pièce en pièce.


Oui, c’est ça j’aime bien cette idée de voyage d'une pièce en pièce. T’as complètement raison !


Et là dans la chambre, qu’est-ce qui se passe ?


Alors là c’est des couleurs très pâles pour se reposer et dormir. Là c’est un tableau d’une dessinatrice qui s’appelle Françoise Pétrovitch. Elle fait des dessins d’enfants à l’aquarelle. C’est doux mais en même temps c’est un peu inquiétant. Des enfants un peu monstres. Le mari de cette artiste qui s’appelle Hervé Plumet est un photographe concepteur de pub qui a fait des choses pour Carel. 


On sent que c’est choisi, que c’est cossu, que c’est beau,… que tout a été pensé. 


J’ai quand même fait des travaux de sorte que ça ne se voit pas. Je voulais des tableaux qui parlent d’eux-mêmes. Ça reste chargé. Ce n’est pas apprécié par tout le monde. Mon mari n’est pas bien chez nous. Il trouve que c’est étouffant. 


Si on ne devait garder qu’un seul objet dans cet appartement, ça serait quoi ? 


Je dirais cette photo d’un artiste portugais d’origine allemande qui s’appelle Blaufuks qui a pris en photo, tous les jours de l’année, sa cuisine. Il y a un côté proustien nostalgique parce que c’est l’histoire du temps retrouvé, ou du temps perdu. Et en fait, c’est une série sur l’absence, il vient d’une famille traumatisée pendant la guerre, réfugiée au Portugal. Donc tu vois ces chaises vides qui attendent quelqu’un, ces plantes fanées, et en même temps du quotidien…C’est une mise en abîme parce que je l’ai mise dans ma cuisine. Mais il n’y a pas vraiment d’avenir, c'est juste là, un carreau cassé, une nappe en lin. Pour moi ça symbolise un peu l’art de vivre mais aussi l’attente. La modestie aussi.  


On a fait un joli tour de ton monde intérieur. Est-ce que maintenant avec ça on sait qui est Frédérique ? 


Bah c’est toi qui va me le dire ça. 


Écoute, on va continuer l’aventure. On va prendre le vélo. On va aller voir un commerçant dans le quartier et puis après chez Carel car on veut également découvrir ton monde extérieur. 


Pour les commerçants il y en a deux ou trois trucs que je trouve symboliques dans mon quartier. D’abord, il y a mon couturier, il ne me fait pas des vêtements mais il ravaude tout, des rideaux, c’est un Turc, il vient du centre de la Turquie entre la Méditerranée et la mer Noire, il est génial il fait tout ce que tu veux. C’est un vieux de la veille avec sa clope le matin et derrière sa machine, il est comme les artisans étaient il y a 50 ans. Ensuite, Vittoria, mon amie sarde qui fait de la cuisine bio. Et puis, un très symbolique c’est mon encadreur, alors lui son échoppe elle fait 10m2 mais il te fait ce que tu veux en cadre. Il a fait tous les encadrements pour Carel. Ici dans le 10e c’est ça qui est génial c’est qu’il n’y a que des artisans, et dans le 3e il n’y en a plus du tout. Tout a été remplacé par des commerces qui sont bien plus luxueux et chers. L’encadreur c’est là où je vais le plus souvent, je dois être sa meilleure cliente (rire). 


Transition :

 

Donc là, on est littéralement en bas de chez toi.


Oui on est en dessous de chez moi, et j’adore c’est une dépendance de chez moi. Lorsque j’ai un dîner et que je n'ai pas le temps, je lui dis le matin à Vittoria trois salades, un tiramisu et au milieu ce que tu veux. et Alors là elle me fait des parmigianos, des risottos, 


Bonjour Vittoria ! On peut vous poser deux ou trois questions ? 


Oui bien sûr ! 


Donc on est à quelle adresse ici ?


On est au 60 Rue de Paradis. 


Et comment peut-on décrire cet endroit ? C’est une petite échoppe ? Un restaurant de vente à emporter ? 


C’est chez moi (rires). C’est la casa de la Mamma italiana. C’est un petit restaurant de midi, bio, italien avec un grand parti pris de zéro déchet, anti-gaspillage et on aime travailler avec d’autres farines que les farines de blé. On aime surprendre nos clients.  

 

Et qu’est ce qu’on mange ce midi chez vous ? 


Alors c’est un poulet au citron, des lasagnes classiques (tomates, mozzarella), et un plat tout végétal, un gratin de patate douce au lait de coco et épices, c’est délicieux. On a une petite soupe veloutée butternut & châtaigne 100% végétale sans crème. On ne fait que du légume. 


Il y a toujours des salades avec plein de trucs, des légumes de saison, des fruits etc. Des choses auxquelles on ne s’attend pas, des graines.


Et notre grand must, ce sont nos pennes à la crème de truffes qu’on reçoit de Toscane. Il y a des plats proposés au client et d'autres qu’on prépare en cuisine et avec chaque plat on propose un accompagnement de légumes (grillés, vapeur ou au four). 


C’est quoi le plat signature de la maison ?


C’est compliqué. Il y a une petite spécialité de Rome qui s’appelle Suppli. C’est des croquettes à base de risotto dans lesquelles on cache un petit peu de Mozzarella, et le tout est pané. Ca s’appelle Suppli parce que les Français venant en ITalie trouvaient qu’à l’intérieur il y avait un surprise. C’est ce que les Siciliens appellent les Arancinis. 


Merci beaucoup pour votre accueil.


Le monde extérieur : 


On a donc traversé Paris en vélo du 10e au 8e.  Car tu ne te déplaces qu’en vélo. Tu m’as fait rire tout à l’heure car tu n’as pas peur, tu vas dans tous les sens. T’es aussi  je crois une grande skieuse ? 


Oui je suis de Grenoble. Ça fait surtout 25 ans que j’utilise le vélo ici à Paris. Je touche du bois car il ne m’est jamais rien arrivé. Mais j’ai l’impression d’être Lucky Luke, j’adore ça. Je n’ai d’ailleurs plus de vélo électrique car je me suis aperçue que les 30km d’autonomie je les dépassais largement tellement j’utilise mon vélo dans la journée. 


Je suis comme toi je ne pourrais plus me passer de mon vélo. Donc là on est dans la boutique Carel. Tu veux qu’on passe l’étage ? Mais juste avant, réexplique-moi les adresses qu’on a vues pour arriver jusqu’à ici. 


On est passés à côté du retoucheur qui nous fait des jimbag, des sacs à dos, etc. Ensuite on est passé devant Drouot, ma deuxième maison où j’ai acheté ces tables.


Tu me disais que Drouot est un peu le ventre de Paris  ? 


Oui, car tu as toutes les succesions ça me rappelle Zola, les héritages… ça me fait penser à cette chanson de Barbabara qui s’appelle Drouot, où elle décrit cette femme qui venait vendre ses objets car elle n’avait plus de sous, et au moment où elle voulait les récupérer, le commissaire prisseur a tapé avec son marteau. Et c’est fini. C’est poignant. Les chansons de Barbara sont souvent des histoires un peu noires. 


Donc maintenant on est au 2 rue Tronchet, et cette boutique, vous l’avez refaite ? 


Alors on est dans notre boutique amiral où on peut déjà voir des clientes avec nos modèles iconiques aux pieds à trois brides, les Kina en train de les essayer. Je pense que c’est une cliente indienne ou pakistanaise. 

Elle est très pop cette boutique, on l’a complètement refaite pour avoir un thème des années 60, Charol. Tu vois les murs sont avec notre logo : le c avec le rond dedans. Et là tu as toute la partie avec nos bottines et nos modèles vernis et puis la partie gauche, c’est la nouvelle collection. Le thème c’est Paris/London, donc il y a beaucoup d’Ecossais. Je vais te faire passer dans la réserve. C’est les coulisses. Au passage je remets des boîtes en ordre… On va passer devant la photo de Dutronc, Françoise Hardy était une de nos égéries. On va arriver dans le bureau de Georges Carel, on va passer devant le bureau de la comptabilité avec Anoucha et Othman. Tu vois c’est très modeste, il y a tout nos vintages. Et on va arriver devant le bureau de la création. Je te présente Romain avec qui on était tout à l’heure, Camille dont c'est l’anniversaire aujourd’hui, Hubert qui est le Directeur de la création et Mathilde qui a un style très London qui nous a inspirés dans cette collection. J’en profite pour te montrer,  le mur des iconiques derrière de toutes les couleurs et de toutes les matières, toujours dans les années 60. Et puis la nouvelle collection à ta droite. George Carel est le fondateur de la maison en 1952. Ce bureau est à côté de la boutique car on aime bien être près des clients, on aime aussi donner un coup de main à la boutique quand il y a besoin. 


Là c’est ton quotidien puisque tu travailles beaucoup ici ? 


Oui, moi je travaille dans un des deux petits bureaux, mais on travaille aussi en télétravail, les équipes se chevauchent. C’est l’équipe la plus grosse parce qu'aujourd'hui on fait un chiffre de 40% sur Internet. Ils sont  7 et ils viennent 3 jours par semaine. Il y a aussi l’équipe création, ils sont trois. Et Romain, qui s’occupe de l’influence, qui ne dort pas de la nuit car il sort beaucoup, connaît toutes les filles branchées. Et là c’est les archives.On va bientôt fêter les 70 ans mais on se souvient toujours de qui on était. C’est-à-dire, une marque qui travaille dans la gaieté, la bonne humeur, la joie de vivre… Puis il y a la maroquinerie, c’est notre prochaine piste revenir à ce qu’on faisait avant car on était chausseur-maroquinier.. Et c’est notre défi de demain c’est de revenir vers ça. Le cuir, les peaux, les peaux alternatives, la peau d’ananas. 


Pour terminer je te pose deux dernières questions : d’abord, si tu devais choisir une époque dans laquelle tu voudrais vivre ça serait laquelle ? 


Aujourd’hui. 


T’es heureuse dans ton époque, bah très bien. Et dernière question : qui souhaites-tu entendre dans ce podcast ?


J’aimerais écouter une actrice que j’adore parce qu’elle a tout traversé, le cinéma, la mode… C’est Catherine Deneuve. Elle est difficile à interviewer. Elle a un vrai monde intérieur, Marcello Mastroianni le cinéma italien, Buñuel. Elle a fait autant des films d’art et d’essai que des films commerciaux, comme le Sauvage avec Yves Montand que j’adore car elle est chaussée en Carel dans tout le film. J’adore cette actrice qui a aussi été égérie de Saint Laurent, elle a toujours soutenu la mode. Mais elle est si peu lisible en même temps, qu'on a envie de craquer la coquille, et de lui demander de nous raconter quelque chose de très personnel. Le mystère de cette femme, actrice de Truffaut, dans la sirène du Mississipi avec Belmondo, ce sont des films que j’adore qui me rendent nostalgiques. Donc j’aimerais la rencontrer, Mademoiselle Deneuve. 


Et est-ce que nous, on est parvenu à craquer la noix de Frédérique Picard ?


En tout cas je t’ai  livré sans fards qui j’étais, mais j’ai peut-être moins de couches que Catherine Deneuve. J’ai une vie plus simple. On est des artisans nous, on bosse c’est tout. 


Merci de m’avoir reçu. C’était super de découvrir ton monde intérieur et extérieur.

 

J’espère que cela t’a fait apprécier notre marque, et notre bonne humeur. Tu vois tout le monde a le sourire… Et tu n’as pas de caméra donc ce n’est pas factice, ils sont vraiment contents d’être là. 

Et donc merci Adrien, si t’as d’autres questions toute l’équipe est là. Et puis beaucoup de succès pour Réuni. 


Merci !


Crédits photos RÉUNI et Camille Verguin 

Références :

Carel : https://www.carel.fr/fr/ 

Manicaretti :  https://www.instagram.com/manicarettibio/

Vases Vallauris : https://fr.wikipedia.org/wiki/Poterie_de_Vallauris

Simple, Ottolenghi 

Joël Degbo : https://septiemegallery.com/joel-degbo/

Paul Delvaux : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Delvaux

Jacques Germain : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Germain

Vlad Monroe : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vlad_Mamyshev_Monroe

Hervé Plumet : https://www.herveplumet.com/

Daniel Blaufuks : http://www.jeankentagauthier.com/fr/artistes/oeuvres/9/oeuvres/daniel-blaufuks#oeuv-6

 

Adresses : 

Manicaretti, 60 rue de Paris, 75010 Paris

Carel, 2 rue Tronchet, 75008 Paris


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