Laszlo Badet, couturière et cuisinière indépendante.
De la couture à la cuisine conviviale, une éloge de la lenteur et du partage

Le Monde de RÉUNI explore l'univers, le parcours et les points de vue d'artisans, d'artistes, d'entrepreneurs, de personnalités des industries créatives et culturelles qui contribuent à la préservation et à la valorisation des savoir-faire et qui influencent d'une manière ou d'une autre notre esthétique et notre art de vivre.

 

Nichée au sommet du 11e arrondissement, Laszlo Badet a eu l’œil pour aménagé cet espace hors du commun pour la capitale où se mêlent atelier(s) de création et lieu de vie. 


C’est dans cet intérieur quasi brut, aux murs blancs immaculés que s’unissent les passions de la jeune suisse. Entre son travail de couturière dans la très prestigieuse Maison Chanel et son activité de cuisinière, elle inscrit son temps sous le signe de la lenteur et du geste. Son fil conducteur tient à son envie de développer des imaginaires autour de l’artisanat. Et comme la création ne se vit pas seule, elle a récemment trouvé un moyen de communiquer sur son art de la convivialité.


À travers @lacantinedelaszlo, elle prend plaisir à partager son intérieur où se réunissent ses amis autour d’une table et des plats cuisinés avec amour.

Vêtue d’un tailleur Chanel et d’un tablier, à l'image de cette double vie qu’elle mène avec brio, elle nous emmène au cœur de ses créations de vie.

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur toutes les plateformes d’écoute de podcasts,



Bonjour Laszlo Badet, pourrais-tu te présenter ?


Laszlo définit assez bien le type de personnage que je suis parce que c’est assez particulier. Je suis une jeune fille de 28 ans qui fait dix mille choses comme de la cuisine, de la couture (en même temps !).


Le monde intérieur…


Tu nous reçois chez toi. Pourrais-tu nous décrire cet endroit ?


C’est plutôt particulier comme environnement et même rare. On est à Belleville à Paris, dans un appartement des années 70 au 10 ͤ et dernier étage. Aujourd’hui il y a un peu de brouillard, mais il s’agit du meilleur jeu de devinette pour voir tous les monuments de Paris et se balader dans un immense Google Maps. C’est superbe. J’adore ce quartier.


Qu’est-ce que tu aimes particulièrement dans ce quartier ?


J’adore sa mixité et la culture food est incroyable. C’est quelque chose que je n’ai pas du tout connu en Suisse, là où j’ai grandi. Je vivais dans un patelin avec uniquement des vignerons. Quand je suis arrivée à Paris il y a dix ans, j’ai craqué pour ce quartier. Je n’avais pas encore la chance d’y vivre mais j’y allais tous les weekends. J’étais impressionnée par cette folie de choses qui vivaient, c’est vraiment une fourmillière, encore plus forte que d’autres quartiers.


Ça fait longtemps que tu y habites ?


Ça fait un mois et demi. On est des grands fous du déménagement. J’ai déménagé quatre fois en 2 ans, ce n’est pas du tout une contrainte pour nous, on adore ça. C’est notre déclaration d’amour à Paris. Avant tout, on aime découvrir des types de logements. On a tout eu : du petit rez-de-chaussée avec le jardin dans une allée à Paris avec des petits pavés romantiques, à l’ancienne Brasserie du Casque d’Or qui a été réhabilitée.


Comment trouvez-vous ces bons plans ?


Je ne peux que remercier mon mec. Il est fou de ça au point que même pendant les vacances sur la plage en Italie, on a trouvé cet appartement. On les trouve par le bouche à oreille ou sur des sites internet. Ce qui fait que ça fonctionne, c’est de rencontrer les propriétaires et d’échanger avec eux.


Tu habites avec ton copain, Léonard. Qu’est-ce qu’il fait dans la vie ?


Il fait de la photo de nature morte. Il a un œil particulier et pointu. Son Instagram c’est @leonardmechineau.


Parle-nous de l’esthétique de votre maison, ou plutôt de votre appartement, est-ce qu’il vous ressemble ?


Oui, je vais rebondir sur le terme ‘maison’. Tu as tout à fait raison, on se sent vraiment dans une maison parce qu’on est posés sur le toit de cet immeuble. On ne voit même pas nos voisins. Quand on est arrivés ici, on s’est dit que c’était une maison posée sur le toit d’un immeuble.


Vous avez fait des travaux ?


Oui, on a repeint beaucoup de choses en blanc des fenêtres, des parois… Quand on est arrivés, on a été émerveillés par cette lumière. On adore les miroirs, l’inox, le blanc et les matériaux particuliers qui se reflètent. Dès qu’on fait des recherches pour un nouveau meuble ou même des ustensiles de cuisine, on a un peu nos matériaux fétiches.


Quels sont vos matériaux fétiches ?


On adore le beau bois, l’inox, le cuir, les tissus… Des matériaux assez bruts et nobles. On a très peu de plastique et de couleurs, finalement on est assez sobres.


Une sobriété heureuse…


Je ne sais pas si je pourrais dire sobre parce que je passe mon temps à enlever les éléments visuels qui pourraient être inutiles ou mal rangés. C’est toujours bien rangé chez moi. Ça doit venir de mes origines suisses. J’adore prendre soin d’un espace où on respire et où on passe son temps. J’aime prendre soin des espaces.


Il y a aussi cet immense tapis blanc…


Il doit faire plus de 20m2…


C’est à l’image de ta personnalité en somme…


Oui ! Ou en tout cas la personnalité que je veux être. Mon bureau est bien rangé, mais quand j’y travaille, je peux être très bordélique et mettre plein de désordre. Quand je fais quelque chose de manuel, je ne me pose pas la question, je travaille puis je range tout après.


Quelle personne veux-tu être ?


On pourrait vraiment faire une psychanalyse là-dessus, je suis constamment en train de me remettre en question, penser à mes rêves, mes ambitions… Ce statut de couturière travaillant dans une grande maison, cuisinière indépendante et jeune fille dans ce brouhaha de la ville de Paris…qui a quitté sa Suisse profonde pour venir ici, cela m'amène à me poser beaucoup de questions. Il y a un truc assez rétro et mélancolique qui se voit aussi dans notre décoration et qui est aussi dû aussi au lieu-même du bâtiment. On s’est inspiré de tout ça. Ça va avec la fille que je suis et qui se pose toutes ces questions.


Parlons de ton parcours.


Je suis née à Lausanne en Suisse. Ce prénom particulier, Laszlo, m’a forgée. C’est un prénom masculin hongrois à l’origine. J’ai grandi dans la campagne Suisse au bord du lac, dans une famille de trois enfants. J’ai baigné dans une famille créative. Mon père est artiste peintre, c'est lui qui fait les tableaux qui sont dans mon appartement. Il a beaucoup peint quand on était petits. Ma maman était modèle plus jeune. Elle avait aussi quitté la Suisse pour aller à Paris. Elle a très vite rencontré mon papa et elle est tombée enceinte de mon frère à 19 ans suivi de moi à 3 ans d'intervalle avec ma soeur. On est restés en Suisse toute notre enfance. On a grandi dans une vieille bâtisse dans les vignes. De fil en aiguille, je savais que je voulais faire un métier manuel. Les études me plaisaient mais je savais que ce n’était pas là où j’allais m’épanouir. J’avais constamment besoin de faire quelque chose avec mes mains. Les métiers manuels en Suisse sont très valorisés. J’ai donc été à l’École de Couture de Lausanne qui est une très ancienne école, j’ai eu la chance de connaître les anciens professeurs. Ça m’a permis d’apprendre beaucoup de choses sur les métiers manuels. Quand j’ai fini ce cursus de 3 ans, j’avais 18 ans j’ai vite réalisé que je n’allais pas m’épanouir en Suisse. Je ne voulais pas devenir styliste. Je suis venue à Paris et j’ai cherché un moyen de rentrer dans une maison de couture, faire une alternance et trouver une autre école s’il le fallait. J’ai été toquer à la porte de la Chambre Syndicale de Paris où il y avait une formation pour apprendre à travailler dans le domaine du luxe et de la retouche. Le processus de recrutement a pris beaucoup de temps. J’ai rencontré pas mal de maisons et d’ateliers et j’ai été orienté chez Chanel en apprentissage pendant 9 mois. J’ai obtenu un CDD puis un CDI à la suite de l'alternance, ça fait donc 8 ans que je travaille là-bas.


Qu’est-ce que tu aimes dans ce métier de couture ?


J’aime ce qui est lié au travail des matières, de développement, de recherches de savoir-faire, d’anciennes techniques, de nouvelles techniques… C’est très varié.


C’est assez méditatif comme processus…


Je peux passer des journées à faire des broderies à la main ou à faire un ourlet. J’ai eu plein d’expériences différentes au sein de la maison Chanel. J’ai débuté en tant que couturière retoucheuse, je refaisais sur-mesure tous les vêtements en prêt-à-porter. On abordait le corps, la morphologie de chaque cliente par des épingles posées sur des vêtements sans jamais les rencontrer. Il y avait un développement de compréhension de volume et d’imagination et de ressentiment de la cliente à travers cette pièce. J’ai fait ça pendant longtemps. Ça me permettait de travailler sur de nombreuses matières, coupes, textures différentes. J’adore la Maison Chanel car elle travaille avec beaucoup de maisons d’art, il y a constamment de nouvelles pièces. Un jour on peut toucher de la paillette, le lendemain de la plume puis après du tweed et du cuir. Il y a des corps et des envies différentes. C’est tous les jours un petit chef d’œuvre différent à faire. Il faut vraiment se sentir en cohérence avec le vêtement que l’on va offrir à cette personne. Par la suite je suis devenue essayeuse retoucheuse, c’est là où j’ai rencontré les clientes. J’allais en boutique, j’échangeais avec elles, je prenais mes mesures et puis je ramenais le travail à l’atelier. J’étais encore plus au cœur du souhait de la cliente, tout en continuant à coudre à côté parce que je ne pouvais pas m’arrêter. Puis, j’ai été moins attirée par le côté luxueux donc j’ai été dirigée dans les ateliers de confection prêt-à-porter dans le flou. Il y a les modélistes et les toilistes qui font les vêtements en toile à partir des dessins de la créatrice et puis nous on coupe, on coud, on assemble, on fait toutes les recherches de finitions, on choisit les tissus on regarde les tombés, on essaye avec les mannequins puis on recommence jusqu’au défilé. C’est un travail passionnant et assidu. On est dans des petits ateliers avec une vingtaine de personnes, ça grouille, il y a une énergie qu’il faut garder, on est toutes très positives et passionnées. La couture, c’est un métier de passion. Il faut être patient, méticuleux, aimer recommencer les choses.


Comment définis-tu ton autre activité ?


Je dirai cuisinière. Je suis cuisinière couturière (rires).


C’est récent cet amour pour la cuisine ?


Non, j'ai eu la chance d’avoir une maman à la maison qui s’occupait de ma famille. Ma maman était attentionnée envers notre éducation, notre alimentation, nos activités, notre développement personnel. Et elle cuisinait tous les jours. On a toujours appris à faire plein de choses, il y avait ce côté créatif et libre. En Suisse, à l’école obligatoire (l’équivalent de l’école élémentaire en France), on a des cours de métiers manuels tout au long de notre scolarité. C'est quelque chose que je chéris dans mon enfance. On avait des cours de cuisine un jour par semaine où on apprenait toutes les bases dans de grandes salles très belles, avec de grandes tables. On faisait beaucoup d’aliments frits… des choses que je ne fais pas aujourd’hui mais ce sont des bases qui m’ont permis de me lancer.


Allons dans ta cuisine…On a commencé la préparation du bretzel, pourquoi ce choix de recette ?


C’est de la boulangerie et pourtant je ne suis pas boulangère. J’ai choisi de faire un bretzel pour Réuni parce que je trouvais qu’il y avait une symbolique à travers sa forme, ses nœuds, ses ronds. C’est entre un cœur et des bras qui s’enlacent et je trouvais que ça allait bien avec l’histoire de Réuni. C’est un bretzel du nouvel an et il y a une tresse qui vient se déposer sur un des ronds du bretzel. Cette recette a une histoire particulière. Un boulanger avait été emprisonné et le rois lui a passé commande de faire un pain où on pourrait voir trois fois le soleil à l’intérieur d'où la naissance du bretzel. Quand on offre un bretzel au Nouvel An en Alsace, on le déguste avec sa famille. C’est un grand bretzel de 40 centimètres à partager en famille.


J’ai l’impression que cette activité prend de plus en plus de place dans ta vie…


Oui c’est vrai…et j’adore ! J’aimerais bien que ça continue. La cuisine est venue comme ça, j’adore recevoir des amis à la maison depuis toujours. J’aime créer des ambiances, des décors… Je me retrouve beaucoup dans la cuisine car c’est un moyen d’exprimer ma créativité et en même temps de dire aux gens que je les aime. Les moments que je chéris le plus, c’est quand je suis avec mes amis autour d’une grande table, ça me rappelle quand j’étais avec ma famille autour d’une immense table qu’on avait à l’époque. Je cuisine tous les jours, je peux en faire pour moi toute seule, c’est là où je suis très créative contrairement à la couture où je suis focalisée sur le manuel et cet exercice du quotidien que j’adore mais je n’ai pas ce sens et ces pensées de développement. C’est différent.


Pourquoi la volonté d’en faire une activité professionnelle ?


Ça me plaît et ça plaît. Ça m’offre aussi la possibilité d’exploiter et de continuer dans cet univers. Ça me permet de faire de belles expériences, de belles rencontres et d’apprendre encore plein de choses. On vient manger ce que je prépare sans s’attendre à un étoilé, c’est une cuisine familiale.


Où est-ce que veux-tu emmener cette cuisine ?


J’adorerais voyager et l’emmener plus loin. L’autre jour, je me suis passionnée de la galette qu’on peut manger en Bretagne comme en Inde. Chacun a sa galette qu’il travaille d’une certaine façon avec des ingrédients plus ou moins similaires. Je trouve ça tellement beau des gens autour d’une table qui mangent.


Tu as un compte Instagram qui s’appelle @cantinelaszlo. Pourquoi le choix de ce média ?


C’est une amie qui a créé mon compte Instagram. Elle était souvent invitée à ma table, elle publiait elle-même les photos en s’occupant de la partie stratégie image et visuelle. Elle a toujours un avis qui compte. Je ne suis pas trop attirée par les réseaux, je ne me trouve pas à l’aise avec ce type de moyen de communication. Je n’ai pas grandis avec d’ordinateur à la maison donc c’est assez obsolète. Finalement ça a continué, pendant le confinement j’avais fait une cagnotte pour cuisiner pour les sans-abris. Il me fallait un réseau assez facile qui allait toucher tous mes amis et mon environnement proche. J’ai reçu une belle somme, j’ai cuisiné beaucoup de repas et j’avais envie de montrer ce que j’avais fait avec la participation de tous les gens donc j’ai utilisé ce média. J’ai publié des recettes, on m’a interviewée et je continue comme ça.


J’aimerais bien comprendre ton rapport au vêtement, tu nous emmènes dans ta garde-robe ?


Oui, mon armoire n’est pas si grande. J’ai toujours récupéré des vêtements de ma maman, il y a cette idée de transmission de vêtements qu’on aime et qui nous rappellent des souvenirs dont on prend soin. Mon métier de couturière parle beaucoup, tout le monde pense que je me fais des vêtements mais finalement je n’en fais pas tant que ça. Je couds pour d’autres personnes. Le vêtement, c’est plein de choses différentes chez moi. Je peux sortir du travail, être très chic en tailleur Chanel, et rentrer le soir m’habiller tout en rose en style années 70 à la Paris Hilton. Je trouve que je n’ai pas beaucoup d’habits. Tout ce que j’ai, je l’ai chiné. J’ai des belles pièces Chanel et d’autres que j’ai refaite moi-même. Je n’ai pas vraiment de vestiaire de saison, j’assemble tout. Je garde mes vêtements jusqu’à ce qu’ils soient usés. Je les répare, je les re-teinds. Quand j’ai une pièce que j’aime, je l’aime de tout cœur.


Qu’est-ce qui fait que tu aimes vraiment une pièce ?


La coupe, ses matières...Ce n’est pas facile de trouver de beaux vêtements quand on n’a pas forcément le temps, on finit par ne mettre que des basiques de bonne qualité. Je prends soin de mes vêtements car je veux vivre avec. J’ai de très beaux vêtements de mon travail, je veux faire de la cuisine avec, je veux faire du vélo…


Si tu ne devais garder qu’une seule pièce ce serait laquelle ?


La robe Paco Rabanne qui m’a été offerte par mon copain. Je l’ai reçue à Noël dans une petite boîte et il a fallu que je la monte entièrement à la main. Paco Rabanne et Elle avait lancé une collaboration en 1993 (l’année de ma naissance) et vendaient des petites boîtes avec la pastille, les œillets et les instructions. On peut monter une robe, un top ou une jupe. Je n’ai pas encore créé de souvenir avec cette robe. J’ai dit de manière romantique à mon copain que ce serait la robe pour aller à la mairie. Elle est montée, elle attend la demande (rires).


Si tu devais transmettre un vêtement, lequel ce serait ?


Je me suis souvent posé la question. C’est difficile parce que j’ai reçu plein de vêtements que mes parents m’ont transmis ou qu’on s’est prêtés avec mon frère et ma sœur. J’ai un vestiaire assez androgyne. Quand je suis arrivée à Paris et que j’ai commencé chez Chanel, c’était un peu une bataille pour moi. Une de mes premières occasions d’acheter un sac Chanel a été très symbolique. J’ai toujours gardé ce sac en me disant que ce serait un produit particulier et précieux qui pourrait m’accompagner partout. Pourtant le sac, je ne l’aime pas vraiment. J’aimerais bien juste parler de son histoire et du nombre d'années qu’il a.


Est-ce que tu as un uniforme particulier ?


Non ça va et ça vient.


Le vêtement dans ton travail de cuisinière se résume au tailleur Chanel et au tablier ?


Oui, je ne change pas de vêtements. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus judicieux pour cuisiner. Je suis souvent encore en cuisine quand les invités arrivent.


Nous sommes dans ton atelier encore en travaux…


Oui c’est en cours..On a un plafond en béton ciré. Avant j’avais un joli atelier qui était à côté des Bufflons tout fait de marbre. Maintenant, mon atelier cuisine et mon atelier couture sont à la maison. C’est un lieu, on peut sans cesse créer et faire plein de choses dans tous les domaines différents. Il y a ma machine à coudre professionnelle accompagnée de tous ses cartons. Elle me suit partout dans tous les déménagements.


Comment décrirais-tu ce bureau ?


Il est en pleine recherche. On souhaitait faire un bureau qu’on pouvait partager avec mon compagnon. On est assez fusionnels et on crée ensemble. Ce bureau fait tout le long de la pièce, face à la vue extérieure et qui baigne de lumière la journée, c’est magique. On va finir par mettre des rideaux occultants tellement il y a de lumière. On a cette longue planche qui peut être aménagée de plusieurs façons. On a trouvé de belles armoires USM Haller qu’on va disposer tout le long pour ranger les matériaux, les tissus et les appareils photos.


On arrive à la chambre…


Elle est un peu en désordre avec son immense échafaudage. On est encore dans le blanc ! Tout ce qu’il y a en couleur dans cet appartement, ce sont les livres, les photos et les tableaux. J’aimerais beaucoup plus lire.


Quel est le livre que tu offres le plus souvent ?


Pendant très longtemps, j'ai offert La Délicatesse de David Foenkinos. En ce moment je n’ai pas de livre en particulier mais en bas de chez moi j’ai une librairie incroyable. J’offre beaucoup de livres sur des artistes. Dernièrement, j’en ai trouvé un sur Giacometti. J’ai beaucoup de livres de poésie. Je relis souvent mes livres. Par contre, je déteste les livres sur la mode.


Il y a pas mal de tableaux chez toi, notamment celui-ci…


Avec un paysage suisse et une patineuse avec une robe rouge à l’intérieur d’une grande patinoire où tout le monde l’observe. C’est un peintre suisse qui l’a fait en 1933. Je l’ai reçu de mon papa. Il m’a toujours suivi au fil de mes déménagements. Il y a cette symbolique de la patineuse qui danse librement et qui est belle. Elle à l’air tellement heureuse, vivante et elle a de l’espace pour faire ce qu’elle veut.


Te sens-tu vivante ?


Oui !


Vis-tu ta meilleure vie ?


Je vis une vie très bien.


Es-tu une éternelle insatisfaite ou tu te satisfais de la chance que tu as ?


Je me satisfais de la chance que j’ai. J’ai beaucoup de chance. Et si ça ne me plaît pas, je n’ai qu’à travailler et faire les choses différemment. C’est trop triste d’être éternellement insatisfait.


Il y a cette chaise en bois qui attire mon attention…


C’est une chaise d’Enzo Mari, c’est un des premiers architectes, artistes à partager ses plans. Il a publié un livre qui s’appelle Autoprogettazione où on retrouve tous les plans de ses meubles. Ça va de pair avec ce que je fais : j’aime ce que je fais, il n'y a pas de secrets. Son livre est très beau, je le recommande.


Parle-nous des autres tableaux..


On aime beaucoup certains artistes, on essaie d’en avoir dans chaque pièce. Ici on a un Folon dans le salon, on a un Arp et un Georges Braque.


Passons par la salle de bain…


Cet effet de chaux a été obtenu par le moisi. Ça rend super bien. La baignoire est d’époque.


Tu as aussi une collection de parfums…vide !


Oui. J’aime bien ça mais je n’en mets pas beaucoup.


Vous avez une collection de petites chaises !


Oui c’est ma collection que j’ai faite. À chaque fois c’est une pièce unique à partir de capsules de champagne. Celles que je réalise chez mes amis, je les laisse chez eux. Ça peut être des capsules de cidre aussi.


Tu accroches des tableaux mais pas de photos de famille…


Non, je garde des polas avec mon frère et ma soeur de quand on était petits, c‘est un peu comme des souvenirs qu’on a perdus. J’aime bien les regarder, je me rends compte qu’on a plein de ressemblances avec mon papa et ma maman.

Concernant nos tableaux, on les a choisis parce que ce sont des peintres qu’on aime beaucoup. Ça nous parle plus que si on avait mis une photo de nous devant une cascade.


Tu n’aimes pas les livres de mode mais je vois que tu as beaucoup de magazines de mode…


Oui, on adore chacun ces magazines pour diverses raisons. Mon copain est photographe donc parfois il a travaillé pour ces magazines. Il aime ces images pour la créativité que ça apporte. Moi, je suis curieuse.


C’est quoi ce fauteuil en bois ?


C’est mon copain qui l’a construit et j’ai fait le tissu. Il s’est inspiré d’une image sur le net d’un artiste qui avait cette chaise. Il a tout calculé, repensé et il l'a construit.


Il y a aussi ce puzzle qui nous attire l'œil.


On vient de le recevoir de ma belle maman. Il représente un coucher de soleil, c’est typiquement ce qui se passe chez nous tous les soirs. J’adore les puzzle, je pourrais passer mon temps à faire ça.


Et les fleurs ?


On a toujours eu beaucoup de fleurs à la maison. J’ai grandi avec une maman qui chapardait les fleurs dans les maisons des voisins. On a toujours eu de la vie à la maison.


Tu as quand même des livres de cuisine. Dans quelle mesure ils te sont utiles ?


Je m’en inspire. Je ne les suis pas trop, je fais parfois des mélanges. Peut-être que je ne suis pas très patiente en cuisine. J’ai des anciens livres comme la Suisse gourmande qui est très axé sur le canton d’où je viens. J’ai aussi des livres sur la cuisine française et puis ceux de chefs que j’aime bien comme Yotam Ottolenghi. J’ai aussi des livres de décoration de grandes tables, de banquets, j’aime énormément la photo de cuisine un peu rétro.


Qu’est-ce qu’on cuisine dans ta famille le dimanche ?


On fait un brunch ! On avait plein de restes, de bonnes viennoiseries, du salé comme du sucré.


Quel est l’endroit que tu préfères dans cet appartement ?


La terrasse car on pourrait presque s’y balader.


Tu vois tout Paris !


Notre terrasse est en travaux, elle fait 70m2.


Si vous ne viviez pas ici, où iriez-vous ?


Au Mexique ! Je ne pourrai pas l’expliquer mais on aimerait bien y aller un jour.


Quelle est votre relation au voyage ?


Malheureusement pas assez. On essaie de partir le plus souvent possible.


Quel regard portes-tu sur notre époque ?


Je suis heureuse dans notre époque. Ça ne m’aurait pas dérangé de naître encore plus tôt car il y a tant de choses qui changent si vite, partout, qu’on perd un peu ces lieux qui ont été créés naturellement. Ça me fait un peu mal au cœur quand je me balade dans certains quartiers et que je vois que ça s’est développé d’une manière pas forcément meilleure.


Tu aimerais ouvrir un lieu un jour ?


Oui j’adorerais ! Ce serait un petit lieu charmant, tout simplement fait où je cuisinerais tous les jours avec les ingrédients et les idées que j’ai.


Ça s’appellerait La Cantine de Laszlo ?


Ça pourrait, mais je pense que je l’appellerai Laszlo. Je suis à la fois très attachée et détachée de ce prénom.


Qu’est-ce qu’on y mangerait ?


Ce que je fais au quotidien : des pâtes, des bons plats, des tartes aux fruits et des bons produits de saison. Ce serait gourmand et généreux. Ça changerait tout le temps. Il y a plein de restaurants comme ça, j’adore l’Orillon en bas de chez moi.


Tu le mettrais dans quel quartier ?


Dans le 11e !


Quelles sont tes bonnes adresses de quartier ?


Allez à Terroir d’Avenir, c’est super. Ils ont une excellente boulangerie où ils font du bon pain, riche et gourmand. Ils ont aussi des petites brioches ce n’est pas là bas qu'il faut aller chercher son croissant, il faut être curieux. Juste en dessous ils ont la boucherie charcuterie, le primeur, la crèmerie et la fromagerie. C’est bon, bio, local, les gens sont chouettes, ils t'expliquent d’où viennent les produits et c’est ce qu’on veut aujourd’hui.

Je vais au marché rue des Pyrénées tous les dimanches. C’est mon marché préféré parce que j’ai mon fromager qui ramène des produits des quatre coins du monde et mon charcutier préféré. Ça peut faire mal à entendre mais je suis une grande fan des abats, je raffole de cervelles ou de boudins et mon charcutier. Ma grande adresse restaurant, c’est l’Orillon. On va souvent au Baratin. On aime bien le vin, on va souvent à la cave de Belleville, à la Liquiderie. Ce quartier est très vivant, d’une rue à l’autre ça change. Il faut être curieux ici.


Comment fais-tu pour rester curieuse ?


Tu sors dans la rue et tu marches. Tu ne prends plus le métro, tu passes par différents chemins à différentes heures. Pour découvrir une ville, c’est ce qu’il y a de mieux. Même si j’aime prendre le métro et faire partie de ce petit monde de fourmis.


Tu aimerais qu’on explore le monde de qui ?


Je parlais de mon amie qui m’a aidée à créer mon compte Instagram, Anouk Mutzaertz. Elle a un super univers.


Merci de nous avoir invités dans ton Monde.




Crédits photos RÉUNI 


Références :

La cantine de Laszlo Badet sur Instagram : https://www.instagram.com/cantinelaszlo/ 

Léonard Mechineau : https://www.instagram.com/leonardmechineau/ 

École de couture Lausanne : https://www.edlausanne.ch/stylisme-modelisme

Chambre Syndicale : https://www.ifmparis.fr/fr/opinion/decouvrez-l-ecole-de-la-chambre-syndicale-et-ses-programmes

Terroir d’Avenir : https://www.terroirs-avenir.fr 

Le Baratin : https://lefooding.com/restaurants/restaurant-le-baratin-paris-14 

L’Orillon : https://lefooding.com/restaurants/restaurant-l-orillon-bar-paris-8 

La Liquiderie : https://liquiderie.com  



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