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Valentine Cinier, Fondatrice des éditions PAPIER,
Pour un art de vivre en pleine conscience.

Le Monde de RÉUNI explore l'univers, le parcours et les points de vue d'artisans, d'artistes, d'entrepreneurs, de personnalités des industries créatives et culturelles qui contribuent à la préservation et à la valorisation des savoir-faire et qui influencent d'une manière ou d'une autre notre esthétique et notre art de vivre.

 

Comme de nombreux Parisiens à la recherche de quiétude, Valentine Cinier a décidé de s'évader de la capitale et a choisi Biarritz comme nouveau cadre de vie. Entre nature et culture, elle y a trouvé le terrain idéal pour réunir ses passions autour de sa micro-maison d’édition : les éditions PAPIER. 


Cette journaliste indépendante déniche les plus belles adresses de restaurants, adresses gastronomiques, hôtels et balades en pleine nature qu’elle sélectionne avec soin au sein de ses éditions. À l’opposé des guides touristiques, elle souhaite mettre en avant une scène locale, au goût du jour, responsable et parfois cachée... Dans le fond comme dans la forme, avec PAPIER elle prend le contrepied de l'industrie de l’édition en travaillant avec des imprimeurs situés à quelques kilomètres de chez elle.


En pleine réflexion sur ses habitudes de consommation, elle nous invite à redéfinir le sens du voyage. Avant de partir à l’autre bout de la terre, on oublie parfois que les plus beaux trésors se trouvent juste là, sous nos yeux. Cette âme curieuse nous invite donc dans son monde, partagé entre sa maison basque, son bureau et ses excursions quotidiennes.

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur toutes les plateformes d’écoute de podcasts,



Aujourd’hui on part à la découverte du Monde de Valentine Cinier.

Valentine pourrais-tu te présenter ?


Je suis journaliste, auteure et j’ai fondé une micro-maison d’édition qui s’appelle Papier depuis la petite cité balnéaire de Biarritz où je vis.


Il fait froid, il n’y a pas grand monde à Biarritz durant l’hiver. Valentine m’accueille dans son appartement de Biarritz. Pourquoi avoir choisi cette ville ?


Je n’ai pas vraiment choisi. Ça s’est fait comme ça à un moment de ma vie où j’avais besoin de changer d’air. Je disais souvent que j’avais besoin de plus de lumière et d’espace. Je suis originaire de Paris et je suffoquais un peu. J’avais envie de voir ce qu’il se passait ailleurs. Biarritz était un hasard total parce que j’avais ma meilleure amie qui venait régulièrement voir un amoureux et en restant un week-end avec eux, j’ai pris une grosse claque. J’ai donc décidé de tenter le coup en me disant que si ça ne marchait pas, je reviendrais sur mes pas.


Vous êtes en train de finir les travaux dans cet appartement que vous avez acquis, on est dans un petit nid douillet. Parle-nous de cet appartement.


Ça a été un coup de cœur mutuel avec mon copain. On a visité en se disant qu’il y avait un gros potentiel. Il s’agit du dernier étage d’une villa basque très mignonne avec un côté sous les combles et une belle hauteur sous plafond. Il n’y avait aucun mur porteur à part un conduit de cheminée au centre de l’appartement. On pouvait tout casser donc c’est pratiquement ce qu’on a fait. On a imaginé des volumes, des portes cintrées, des couleurs qui reflètent le lever du soleil parce qu’on est situé plein Est. C’était assez chouette d’imaginer ce nouveau lieu de vie même si ça a été très énergivore et stressant.


La sensation est étrange quand on rentre dans cette maison. Ça sent le vieux, c’est décrépi. Ce que j’aime bien à Biarritz c’est le côté Bourgeois avec de grandes maisons décrépies qui sont ensuite reprises par de jeunes couples, comme vous qui rafraîchissez tout ça !


Oui surtout que le palier est encore jonché de gravats.. on n’a pas terminé ! On n’a pas eu de coup de cœur sur la cage d’escalier parce que c’est une moquette rose sur les murs qui s’arrache en partie. Ça a un certain charme… J’adore l’idée de pouvoir imaginer des avant/après. Il y a seulement un appartement par palier, et tous sont occupés par des personnes âgées donc on a immédiatement été nommés en charge de la copropriété. Depuis septembre, on est directeurs bénévoles de la copropriété, on a bien l’intention de rafraîchir tout ça. C’est très sympa de discuter avec d’autres générations et de partager une vie commune dans un lieu de vie avec des personnes âgées.


Comment avez-vous emménagé cet endroit ?


L’appartement est assez grand, il y avait pas mal de choses à refaire donc on s’est lancés. Au tout départ, on a voulu arranger la salle de bain qui était minuscule. Finalement, on a tout cassé avec une chambre existante. On a gardé le sol en le peignant en blanc avec un côté parquet marin qu’on aimait bien. On a monté ce mur, j’ai insisté pour qu’on ait des portes cintrées qu’on a fait faire.


Pourquoi cette obsession de portes arrondies ?


C’est quelque chose de typique du Pays-Basque. Ça se fait sur les fenêtres ou les portes d’entrées. J’aime cette rondeur pour trancher avec les poutres transversales dans l’appartement. J’ai insisté et on est très content du résultat. On a opté pour une couleur qui change en fonction de la lumière. Si on a de la lumière directe ou de l’ensoleillement plus timide, on a des teintes assez chaleureuses.


C’est quoi le nom de cette couleur ?


Elle s’appelle New Day.


Vous avez aussi une cuisine ouverte…


En fait elle n’est pas entièrement ouverte, il y a comme un bar où on ne s'assoit pas. C’est une sorte de passe plat à l’espagnol où on sert les tapas. On cuisine souvent donc l’idée était de pouvoir cuisiner tout en parlant aux invités dans le salon.


Comment allez-vous décorer cet endroit ?


On ne voulait pas de neuf. On a beaucoup réutilisé les matériaux de l’ancien appartement, soit les portes arrondies sont des portes de placards qu’on a re-coupées. On a réutilisé pas mal de choses pour éviter d’acheter. Pour la décoration, on a chiné auprès d’une décoratrice basée à Biarritz qui a un stock où on a trouvé cette table des années 70 avec un plateau en verre fumé et des pieds chromés. On a chiné ces chaises en skai blanc même si c’était peu cher pour ce que c’est. On avait aussi chiné une table en marbre vert qui a été explosée mais qui va être réparée…


Est-ce que cet endroit te ressemble ?


Oui, je pense ! Je suis très contente d’avoir imaginé cet endroit à deux avec mon copain. Ça a toujours été important pour moi de m’intéresser aux détails, à la décoration, de me sentir bien chez moi et c’était dur de faire ça à deux pour qu’il y ait aussi de l’autre tout en ayant ses repères d’avant. Je trouve que c’est une belle réussite parce qu’on a réussi en ne venant pas des mêmes univers. On a vraiment mixé nos influences et on a fait les choses ensemble donc c’est très agréable. J’aime ce côté ambivalent et ces poutres tranchantes. Le capricorne qui est en moi voit le chemin à tracer. On a pas mal de luminaires ronds années 70 comme cette boule en papier au-dessus de la salle à manger. J'aime bien cette connivence.


Il y a quinze fenêtres qui font une percée sur tout le mur et apportent une grande luminosité…


Ça m’avait un peu refroidi avant de visiter. J’étais déstabilisée. L’agent immobilier a insisté même si au début je n’étais pas très convaincue mais depuis qu’on y vit on est très heureux parce qu’on a l’impression d’être dans un bateau quand il y a une tempête…


Il y a souvent des tempêtes ?


Oui on aime bien regarder la pluie qui tombe à l’horizontale… je trouve ça agréable Biarritz l’hiver.


Qu’est-ce que les gens disent de toi en tant que capricorne ?


Ce sont des fonceurs ! Je pense que la particularité d’un capricorne c’est d’avoir besoin de visualiser son objectif, ce vers quoi il tend, ses to-do lists, et de mettre en place des choses pour y arriver. En tout cas, me concernant, ce qui est important c’est de visualiser ce que je recherche et de m’y accrocher. C’était complètement le cas pour cet appartement. Ça a mis du temps, il y a encore des choses à faire ce qui colle avec le caractère perfectionniste de ce signe…


Tu aspires à quoi ?


Personnellement, ça a été une année d’aboutissement, on a beaucoup bâti donc j’ai envie d’apprécier ce qu’on a fait pour construire cette vie à deux donc pour le moment. Je n’ai pas du tout envie de faire d’enfant pour l’instant, je tiens à le dire parce que c’est une vraie pression sociale passée 30 ans. On parle de féminisme, mais je pense que les gens ont encore du mal à se dire qu’une femme peut faire ce qu’elle veut de son corps et à l’heure qu’elle veut. J’aimerais bien en avoir, mais en voyant le monde dans lequel on évolue aujourd’hui cela me fait douter de certaines choses. On a besoin de plus de temps de réflexion parce que le monde bouge plus vite avec ce qu’il se passe. J’aimerais prendre plus de temps pour moi, pour voyager notamment. Avec mon travail, je pense le voyage différemment : en France, en Europe proche avec d’autres moyens de transports et à plus courte distance. Dans ma vie personnelle je m’attèle à faire attention à ma consommation quotidienne que ce soit pour la nourriture, les déchets, les vêtements, les transports, cosmétiques… Ce sont des choses qui m'interpellent vraiment.


Tu y arrives ?


Oui j’essaie de faire de mon mieux. Dans la cuisine on a aucun plastique, on a un compost d’appartement où on met nos épluchures de légumes deux fois par semaine dans le jardin d’en face. On achète du vrac. On cuisine tout nous même. Pour la beauté, c’est compliqué. Pour les vêtements c’est faisable avec de la consommation raisonnée et de la pré-commande. C’est quelque chose que je fais dans mon travail et que j’encourage à faire.


Tu es journaliste Lifestyle, quelle est ta définition ?


Dans le cadre du journalisme, c’est ce qui va toucher à l’art de vivre des gens : leur façon de se nourrir, de se loger, de voyager et de se déplacer.


Comment arrives-tu à déconstruire certaines habitudes ?


Il y a toujours des moments où on craque de toute façon. Il faut juste se demander si ça nous fait plus de bien que de mal. Évidemment quand on parle du prisme, on parle de ce qui nous fait plaisir à nous mais est-ce que manger au McDo est vraiment un plaisir ? En effet, de temps en temps on le fait. La première question que je me pose pour déconstruire, c’est : est-ce que c’est vraiment un kiff ? Il s’agit de rendre conscient l’acte de manger du Nutella ou d'aller chez Zara. Rien n’est 100% clean mais on dit toujours qu’en avoir conscience c’est la moitié du chemin. Dans la vie, il faut rendre conscients les actes dont on est responsables.


Tu nous emmènes dans ta cuisine ?


Oui carrément !


Tu reçois beaucoup ici ?


Oui c’est un vrai appartement à teuf ! On a fait la crémaillère, une petite raclette qui a dégénéré en karaoké dernièrement. Tout est dans des bocaux, on a des thermos, j’ai une grande passion pour les couteaux. Des couteaux à pain, à viande, des opinels de toutes les tailles.


Donc tu es une grande cuisinière ?


Non mais j’aime beaucoup cuisiner.


Tu cuisines quoi ?


On fait pas mal de légumes rôtis, c’est notre grande passion. On met des légumes au four avec des épices. On utilise des mélanges d’épices de Roellinger qui sont confectionnés en Bretagne par la famille éponyme à Cancale. Olivier Roellinger était un chef gastronomique 3 étoiles et son fils vient d’être nommé meilleur chef cuisinier par le Gault et Millau 2021. Quand on y est allé pour un reportage, j’ai tout dévalisé. Il y a du gomasio breton, du poivre de toutes sortes… On fait un bon poulet rôti de temps en temps. On adore manger.


À la maison et au restaurant ?


Oui, on est des grands mangeurs ! Dans la cuisine on a plein de planches à découper. Même quand on n’a pas beaucoup de temps, on va toujours cuisiner quelque chose. Mon copain Thibault fait toujours des tortillas de patatas. Il y a beaucoup de vins aussi. J’ai acheté pas mal de caisses à chaque fois que j’allais voir un vigneron, soit 70 bouteilles de vin.


J’aimerais bien qu’on parle de ton dressing, quelle relation tu as au vêtement ?


J’ai toujours eu du mal à la définir parce que j’aime m’habiller mais je ne suis pas une shopping addict. J’ai toujours eu une façon assez raisonnée et raisonnable de faire des achats. J’adore les fringues fabriquées en France et cette idée que ce soit produit localement me plaît beaucoup. Dernièrement, il y a deux jeunes qui ont monté la marque Hopaal à Biarritz. J’ai toujours un jean, une chemise, une pile de t-shirts blancs et noirs, des cachemires pour l’hiver et des sweats. J’ai un côté un peu normcore. J’adore les manteaux, les chaussures et surtout les sacs et les accessoires.


Est-ce que tu as un uniforme ?


Ça varie en fonction du travail ou de la vie personnelle, je suis un peu flemmarde. Si je travaille de chez moi ou que je n’ai pas forcément de boulot, je ne vais pas m’habiller avec mon uniforme de travail mais par contre je vais faire un effort. Par exemple, je vais mettre une chemise pour me mettre dans une ambiance de travail. J’ai des petits mocassins Anthology que j’aime bien. En temps normal, je mets un t-shirt, une chemise Carhartt, ou sinon des vestes. Je ne suis pas tant habillée. Ma marraine coud très bien du coup je lui demande de me faire des pièces. Je lui ai demandé de me faire une chemise bi-goût que je trouve assez drôle.


Si tu devais en garder qu’une seule ?


Ce serait un sac. Je ne suis pas trop marques ostentatoires, mais j’ai eu quelques beaux sacs que j’ai gardés. J’ai un très beau sac Prada qui est un cabas avec des franges de chaque côté. Il est assez étonnant pour la marque. Je ne sais pas s’il me ressemble encore aujourd’hui mais j’ai toujours eu un côté extravagant sur les accessoires. J’ai aussi un petit sac léopard Saint Laurent que j’aime beaucoup, il se porte en bandoulière. J’ai eu de la chance parce que j’ai eu une belle-sœur qui travaillait chez Prada et une sœur qui a travaillé dans la mode. J’ai pas mal de sacs Chloé.


Est-ce qu’il y a un objet que tu aimes particulièrement ?


J’adore les objets, notamment les livres. Je viens de récupérer la tête d’Hermès de mon grand-père qui était fan d’archéologie. Il l’a fait faire à Athènes et l'a fait ramener en bateau. Ma mère me l’a confiée, elle est un peu abîmée dû aux déménagements mais je trouve que ça apporte quelque chose à notre intérieur. J’adore les céramiques. J’en ai quelques-unes qui viennent du Maroc et du Japon. J’ai une passion pour l’objet façonné de manière générale.


Comment définirais-tu ton esthétique ?


J’ai l’impression d’avoir construit au fil du temps une forme d'esthétique qui me touche, surtout les choses faites avec le vivant. J’aime bien la céramique car c’est de la terre façonnée et ça me touche beaucoup. Pour la corrélation avec les vêtements, j’aime le côté sobre mais sur les accessoires je vais m’autoriser plus de couleurs. Les pierres reviennent souvent dans le décor de l’appartement. Ce qui est important c’est qu’il y ait de bonnes énergies, que les objets soient sincères et racontent des histoires, un peu comme dans la vie. Je ne vais pas mettre des objets ostentatoires.


Tu as une croyance autour des pierres ?


Je trouve ça beau. J’en ai hérité quelques-unes de mon grand-père. Au départ il s’agissait d’un intérêt archéologique de ses voyages en Grèce et en Égypte. Je faisais pas mal de yoga et de méditation donc ça m’a touché à un moment donné. Je trouve ça joli et ça fonctionne bien à l'intérieur. Mon combo ce serait : une plante, des fleurs, une bougie, une pierre et un livre.


Le monde extérieur


On est au Mood Café à Biarritz, qui est un petit café que j’adore, situé dans notre rue. J’y passe soit pour faire mes rendez-vous ou prendre un café avant d’aller au travail.


Qu’est-ce que tu aimes ici ?


J’aime l’ambiance c’est toujours chill, on a l’impression d’être chez elle. Il se passe beaucoup de choses. J’aime beaucoup ce quartier et Claire est toujours très souriante.


Il y a une espèce de hype, tu y as peut-être contribué avec ton guide… Quels sont tes endroits préférés ?


Je ne suis pas tombée là par hasard parce qu’il y a beaucoup d’endroits dans lesquels on peut sortir, manger et boire un verre, c’est très agréable. J’aime beaucoup ce quartier, Beaurivage qu’on surnomme “Bibi”. Là on est au Mood Café, il y aussi le Chéri Bibi derrière qui est un bar à vin et une cuisine d’auteur très cool. Il y a de super restaurants comme Epoq, Élément, Carøe qui était à l’origine de la cuisine scandinave et maintenant ils font de la cuisine d’auteur. Je n’ai pas cette frustration par rapport à Paris. Il n’y a pas autant de restaurants mais on est assez gâtés.


C’est à la fois une ville de province et internationale avec plein de choses culturelles qui sont moins frustrantes pour les Parisiens en exode…


C’est vrai qu’il y a la culture de la glisse en général avec Billabong, Quiksilver, Nixon, Eastpak, c’est un lifestyle assez fort. Il y a la nature, le sport. En termes d’origines, il y a des anglo-saxons, des australiens et des américains. Je trouve ça cool de trouver cette vibe étrangère dans une petite ville et aussi de voir cette culture du coffee shop. Dans une soirée, il y a toujours des étrangers et des personnes issues du monde de la mode, de la création ou des freelances plus globalement. Ça nous permet de travailler à distance tout en étant proche de Paris parce qu’il y a un aéroport et une gare à cinq minutes. Il y a aussi une vie à l’année, ce qui n’était pas le cas il y a 5 ans. Maintenant, on peut sortir peu importe la saison et c’est très agréable.


À quoi ressemblent tes journées ?


Honnêtement, avant j’adorerais dire que mes journées ne se ressemblent jamais parce que c’était une autre vie. J’essaie de me lever à la même heure et d’aller au travail plus ou moins à la même heure vers 9 heures. Je travaille à mon bureau maintenant parce que j’ai décidé de séparer ma vie professionnelle et ma vie personnelle même si ce n'est pas toujours évident. J’ai souvent des rendez-vous avec des clients, enfin ce sont plutôt des calls ou des Zoom. J’ai plus une vie de bureau ce qui n’est pas très plaisant mais obligatoire pour avancer sur les choses. Sinon il y a pas mal de déplacements. J’aime bien rencontrer des gens qui vont potentiellement pouvoir collaborer avec les éditions PAPIER. Il y en a beaucoup qui sont de passage et qui m’appellent pour me demander comment j’ai fait pour m’installer ici !


Pourquoi as-tu passé le pas pour t’installer ici ?


J’avais envie de changer d’air et de rythme. Ça a très bien fonctionné pendant 3 ans. Avant, je travaillais souvent tôt le matin et j’allais profiter de la plage et de la nature. J’étais en décalée, je travaillais le soir si besoin mais au moins je voyais l’océan. Là c’est plus compliqué parce que j’ai des choses à faire tous les jours et si je ne les fais pas je dois travailler toute la soirée chez moi. Mais malgré tout, les weekends on peut profiter. On a toujours des brocantes, on peut aller à la plage et faire un tour en van. On vit à Biarritz mais on a l’Espagne, les Landes, Bayonne, Guéthary, Saint-Jean de Luz à proximité.


Ce changement de vie a-t-il impacté ton statut professionnel ?


Oui ça m’a aidée parce que les gens ont cru en cet élan et ils m’ont aidée à croire en cette perspective de travail hors de Paris. Je travaillais de manière assez sérieuse et c’était bien de voir que les gens pouvaient croire en cette nouvelle façon de vivre. En fait, il y a beaucoup de gens qui m’ont appelée pour me dire que j’avais raison d’être partie de Paris. Avec les réseaux sociaux et les transports on n’est plus obligé H24 d’y être 7 jours sur 7 en travaillant ou en ayant des clients. Il y a un couple que je connais, lui est français elle, américaine. Ils vivent à Biarritz après avoir vécu 8 ans à New York, et tous leurs clients sont là-bas. Ils font Bilbao-New York et c’est bouclé. On change notre façon de penser le lieu de vie versus le lieu de travail. Je pense vraiment que le lieu de vie peut enrichir sa façon de travailler. Ici il y a une fraîcheur, un horizon, un espace qu’il n’y a pas à Paris. Je le dis en ayant vécu 30 ans à Paris, et je ne critique pas au contraire j’adore aussi la capitale.


Tu as trouvé ton équilibre finalement ?


Oui je n’ai pas envie de faire marche arrière. C’est marrant parce qu’avant on me disait que Biarritz était une petite ville et que j’allais m’ennuyer ce qui n’est pas du tout le cas. Maintenant, j’ai envie d’aller un peu plus loin, on rêve d’un lieu de vie à la campagne où on peut être plus isolés car c’est mon mode de création. Je n’arrive pas à écrire dans le quotidien, je suis obligée d’être enfermée pendant plusieurs jours, c’est ce que j’ai fait pour les 3 dernières éditions du guide. Je loue un endroit pour aller écrire. Je suis allée dans les Pyrénées, ensuite je suis allée dans le Béarn et là j’étais dans les Landes. Je rêve d’un endroit comme ça où je pourrais acheter une vieille ferme ou construire sur un terrain au milieu de la nature. C’est marrant parce que c’est ce que j’ai cherché en venant ici c’est-à-dire le calme, la solitude. Maintenant je le cherche ailleurs. J’ai monté ma société, on connaît du monde, il y a pas mal de reportages qui sont faits ici donc je n’ai plus le calme d’avant.


On est à présent dans ton bureau.


On est au 55. On dit le 55 car c’est le numéro de l’avenue où nous sommes. C’est une toute petite maison qui est érigée parmi de nombreux bâtiments industriels à Anglet. On est plusieurs à travailler. Il y a Marie-Cerise Blanc qui est la créatrice des objets en béton Zuri, elle a son atelier en bas. Nous, on est à l’étage de cette maison, c’est ensoleillé. On a nos guides. On travaille sur la conception des objets à venir et la communication des éditions.


Qu’est-ce qui t’a amenée à créer ces éditions Papier ?


Les éditions Papier sont nées d’un projet éponyme qui s‘appelle le guide Papier. C’était l’envie que j’avais de créer un guide anti-touristique et local. C’est ce que j’aurais aimé avoir quand je me suis installée aux Pays Basque, c’est-à-dire un guide qui donne des adresses confidentielles qu’on ne trouve pas au premier coup d’œil dans une ville. Ce sont des entretiens poussés avec des acteurs locaux sur leur philosophie de vie, sur ce qui les a amenés sur ce territoire. Je me suis demandée ce qu’il y avait de commun entre leur parcours et le mien. L’idée est de permettre aux passants un peu curieux de vivre une vie de local pendant quelques jours ou de faire découvrir le territoire à ceux qui s’installent. C’est un guide qui est né des adresses que j’avais envie de donner à mes proches ou à mes relations professionnelles. Il est né en plein confinement soit en mars 2020. Le guide est sorti en auto-édition, il a fallu le réimprimer, on a eu des demandes de revendeurs donc très vite je me suis dit qu’il fallait monter une maison d’édition. On a pris ce sujet à bras le corps et on a créé une micro-maison d’édition. Il y a la collection papier des guides de voyages confidentiels. Le premier était autour du Pays Basque, le second sur la Bretagne et chaque année on édite des hors-séries pour se faire plaisir. L’année dernière c’était Popote : le guide itinérant du bien manger qui compile dix itinéraires de randonnées au Pays Basque couplés de recettes de pique-nique. Tout simplement parce que c’est quelque chose qu’on aime beaucoup faire au Pays Basque : aller se balader ou faire un tour de vélo. Cette année on a fait un guide sur le vin vivant avec des rencontres de vignerons en France et des articles de décryptage sur ce qu’est la vinification naturelle et aussi une grande sélection en France où on peut acheter ou boire du bon vin nature ( épiceries fines, cavistes, restaurants…).


Dans toutes les régions ?


Oui là on a fait six domaines donc le Périgord, Roussillon, Jurançon, Bourgogne, Jura et Loire. Les adresses sont dans toute la France, de Lille aux Landes en passant par Marseille et Poitiers.


Tu disais que c’était l’anti-guide, comment les as-tu appréhendés ?


Oui parce que déjà dans sa forme ce n’est pas un petit format à la couverture plastifiée et au papier ‘feuilles à cigarette’ à l'intérieur. On a un guide de qualité avec une couverture qu’on appelle ‘soft touch’ c’est un fini peau de pêche. Ce sont des options que je voulais choisir pour me faire plaisir parce que j'adore le papier.


Ce qui est fou c’est l’odeur du papier neuf quand on entre dans ton bureau…


Oui on a ce toucher qu’on retrouve sur tous les guides des éditions, la typographie en relief avec le logo gaufré. Dans la forme, c’est un anti-guide. C’est aussi une sélection personnelle. L’idée est de mettre entre les mains un parcours ou en tout cas des idées de parcours qui soient déjà triées avec soin. On n’a pas besoin de re-sélectionner comme dans un guide de 300 adresses.


Comment fais-tu tes choix ?


J’ai des principes. Je choisis des adresses qui sont ouvertes à l'année parce que c’est ce que j’ai envie d’encourager. Après ce sont souvent des adresses confidentielles. On ne va pas prendre de restaurants de plage, des bars ‘coucher de soleil’. Personne n’a besoin de moi pour trouver ce genre de lieux donc j’essaie de dénicher des chambres d'hôtes, des auberges planquées, des épiceries excentrées… J’adore dénicher des adresses. Ça a été mon travail pendant quelques années. Avant je faisais des city guides pour des médias ou des carnets de voyages donc ce sont des choses que j’aimais et que je savais faire. Il s’agit aussi de raconter des histoires en s’intéressant aux gens qui ont créé ces lieux, à leur parcours et leur volonté. On parlait de consommation consciente, ce sont souvent des choses qui reviennent. Les sourcing sont impeccables, les produits de saison et pour moi ce ne sont même pas des critères, c’est la base.


Comment gères-tu le renouvellement ?


Au départ, j'ai pensé les guides de sorte à ce qu’ils soient intemporels. En revanche, les choses changent très vite. Biarritz a évolué, donc l’idée d’un second volume arrive. L’idée c’est de pouvoir les bouger au bout de 2 ou 3 ans, en tout cas au Pays Basque c'est plus simple parce qu’on est basés ici. Il y a une dizaine d’adresses qu’on a envie de mettre en avant, qui sont nouvelles et qui sont génératrices de nouvelles énergies. Ce sera le guide Papier Pays Basque 2 avec une édition différente. On va essayer de donner envie d'aller plus dans les terres. On avait manqué de temps sur le premier parce qu’on devait assurer les pré-commandes.


Comment expliques-tu ce succès fulgurant ?


Tout est relatif. Ça a été un succès par rapport à la taille de l’entreprise. J’étais toute seule, on a fait ça avec trois bouts de bois. Je pense qu’il y avait cette image un peu ringarde des guides classiques, des destinations saturées ne serait-ce que par la culture du surf donc nous on essaye d’amener une autre image avec les randos, la montagne, un côté un peu plus éco-responsable moins festif et surf. Ça a parlé à pas mal de gens et tout ça a enclenché une vraie refonte du voyage, des moyens de transports, des façons de consommer, tout est lié. Les gens sont contents d’avoir un prolongement de leurs croyances au quotidien pendant leurs vacances. Je pense qu’aujourd’hui on ne peut plus consommer ou vivre de manière éco-consciente mais de se lâcher dans un resort avec un buffet à volonté sur une plage à Punta Cana, ce n’est plus compatible.


L’édition est encore un milieu qui n’est pas forcément associé aux questionnements de fabrication contrairement à d’autres industries… Alors qu’en réalité la plupart des maisons d’éditions font fabriquer en Chine et livrent par bateau. L’industrie du livre en Europe n’existe quasiment plus…


Oui c’est vrai que c’est une industrie opaque. Il y a les méthodes de conception : ça part du graphisme et des photographes donc de personnes bien rémunérées et ensuite la méthode de façonnage. En Europe et en France il y a de superbes imprimeries. On a fait le choix d’imprimer en Espagne parce qu’on est seulement à 20km. On imprime dans une petite imprimerie à San Sebastian. On a aussi fait le choix de la pré-commande pour éviter le gâchis de papier. Quand on voit rien que pour le calage de l’impression que des planches sont jetées on imagine bien le dégât que ça peut avoir sur des invendus, sur des tirages trop importants. On a essayé de concevoir le guide de manière éco-responsable et locale. On fait tout ici, les commandes sont faites au Pays Basque. La force qu’on a dans la micro-édition c’est de pouvoir faire des livres sur-mesure, on choisit chaque option, le papier est commandé uniquement pour chaque projet. Là où les grosses maisons d’édition achètent en gros et font fabriquer en Chine… je ne jette pas la pierre parce qu’il en faut pour tous les goûts mais en effet le consommateur devrait se poser des questions par rapport au prix de vente et à la taille. Si le prix est dérisoire, c’est soit la main d’œuvre soit la planète qui prend. J’ai choisi le format du guide qui est un format souple mais qui est joli. Il peut vivre sur une table basse ou dans une bibliothèque et qui permet aussi d’être emporté, il n’alourdit pas le sac car c’est un guide de voyage. J’adorerais faire des livres avec des couvertures rigides avec des chefs, de voyage ou d’art mais pour un budget plus conséquent car ça coûte beaucoup plus cher. On y travaille mais il faudra aussi faire appel à la pré-commande. Je pense que les gens sont très demandeurs de soutenir la micro-entreprise et ils ont compris le principe de recevoir deux mois après l’achat.


Quel est ton processus ?


Il y a déjà l’idée, sur quel sujet on va se lancer. On est sur de la micro-édition de livres de voyage et de gastronomie. Puis il faut monter une équipe. En interne, il y a Charlotte Sivrière qui est directrice artistique et graphique qui travaille avec moi depuis le début. On a Célia Heumez qui est à la commercialisation et au marketing et Clara Mikelarena qui travaille sur la communication. Il faut trouver le photographe et l’auteur si je n’écris pas. Le guide Papier, je l’écris toute seule mais sur le guide pinard j’ai fait appel à des auteurs spécialisés sur le vin. Ça se joue sur les affinités. Ensuite, c’est du repérage : savoir qui on va mettre en avant, quelles adresses, dans quels coins, le caractère éthique et si ça rentre dans nos valeurs. On essaie de faire des tours pour goûter, ou simplement de recevoir des témoignages pour confirmer l’adresse. Enfin, il y a les reportages, peut-être la meilleure partie !


Qu’est-ce que tu aimes dans la rencontre ?


C’est le parcours de vie. Ces gens qui se sont dit qu’ils allaient tout arrêter pour faire autre chose. L’être humain qui s’écoute, c’est génial.


Tu penses que tu t’écoutes ?


Oui, sinon je n’aurais jamais fait tout ça.


Pourquoi ?


Je n’en aurai pas été capable. Il y a aussi beaucoup de choses derrière ces mots-là : le journalisme, l’édition font peur. Il y a des contraintes et du stress mais j’ai l’impression de construire des choses. On a de très beaux retours. Parfois au quotidien, il y a des déceptions comme dans toutes vies entrepreneuriales, mais il y a surtout des victoires. On a des messages de lecteurs qui nous disent avoir redécouvert leur région, pour moi ce sont les plus beaux messages.


Où veux-tu l’emmener ce projet ?


J’aimerais beaucoup faire des livres avec d’autres personnes. Au départ, c'était un projet presque personnel. Je me suis surprise à vouloir partir à la découverte du vin nature. Je ne me sentais pas légitime de parler sur 132 pages du vin naturel. Ce n’est pas facile de s’adresser aux vignerons et ça a pris du temps de trouver les adresses. Au final je suis enrichie et c’est pour ça que je fais ça, pour essayer de m'élever, de découvrir de nouvelles personnes et de nouvelles compétences. J’aimerais bien travailler avec plus de photographes, plus de chefs avec des aubergistes… des gens qui pensent le monde de demain !


C’est quoi l’esthétique de PAPIER ?


Je dirais que c’est une esthétique assez sobre avec une mise en avant de l’amour du papier. C’est le choix des impressions, la confection à côté de chez nous et ce sont des choses qui se sentent. Il y a des ‘coffee table books’ qui vont s’abîmer car ils n’ont pas été faits dans des conditions optimales.

J’ai toujours pensé le projet et les livres sur le long terme. Je n’offre pas de produits jetables dont les gens vont se lasser. J’aimerais qu’ils puissent se transmettre et s’ouvrir à différentes périodes de l’année avec autant de sens pour le lecteur.


As-tu des role models dans l’édition ?


C’est un peu difficile car je n’ai pas de contact dans l’édition. J’adorerais avoir un mentor qui puisse m’éclairer et contribuer à l’édition de demain.


Quel regard portes-tu sur notre époque ?


Je pense qu’elle est mouvante, porteuse d’espoir mais pas toujours rose. J’ai aussi des inquiétudes par rapport à l’actualité quotidienne. Je lis le journal tous les jours. Parfois je ne suis pas sereine mais je me dis qu’on fait les choses avec le cœur, de manière consciente et surtout bienveillante. Dans notre maison d’édition, on se demande toujours pourquoi on le fait ? Est-ce qu’on le fait pour enrichir les gens ou pour s’enrichir soi-même ? Même si on ne crée pas des choses pour faire plaisir à l'autre, il faut que ce soit rentable. C’est une question qui me paraissait abjecte mais je me dis qu’il vaut mieux faire moins mais mieux pour que ce soit rentable. J’insiste sur le fait que ce soit un projet indépendant, auto-financé. On n’a pas de pub, ce qui est une grande fierté quand on voit le milieu de la presse.


Quel est ton modèle économique ?


Grâce à la vente de précommande, cela permet de financer la production - la plus grande dépense - soit l’impression et les personnes qui contribuent au guide. Ensuite on s’appuie sur un réseau de distributeurs qui n’était pas prévu au départ. On a eu des demandes de libraires alors que personne ne nous connaissait. On a près de 80 points de vente en France qui sont sélectionnés et que l’on connaît. C’est un cercle vertueux parce qu’il y a beaucoup d’acteurs des guides qui les distribuent. Tout fait sens. C’est dans ces moments-là où je me sens alignée.


Quelle est la date de sortie du Guide du pinard ?


Le 10 décembre. On a eu la bonne idée d’imaginer une étiquette autocollante sur la couverture à la façon d’une étiquette de vin que l’on collera à la main sur les 2500 éditions. Il faut être une bonne équipe. Mais c’est vrai qu’on fait beaucoup de manutention, on gère les commandes nous-même donc il va falloir trouver un logisticien.


Qui souhaiterais-tu entendre dans cette émission ?


En Bretagne on a fait de super découvertes, la famille Roellinger qui œuvre pour le bien et le bon. Il y a ce céramiste qui vit au centre de la Bretagne, Cyril Dennery, qui est aussi architecte et qui fait de la permaculture. Un vrai génie.


Crédits photos RÉUNI 


Références :


Valentine Cinier : http://valentinecinier.fr

@valentinecinier : https://www.instagram.com/valentinecinier/ 

Les éditions PAPIER : https://editionspapier.fr

Le nouveau guide Pinard est disponible : https://editionspapier.fr/pages/decouvrez-le-guide-pinard?_pos=2&_sid=f1dfe089a&_ss=r 

Épices Roellinger : http://www.epices-roellinger.com 

Hopaal : https://hopaal.com

Cyril DENNERY : http://cyrildennery.com 



Ses adresses : 


Le Mood Café : https://moodcafe.fr

Chéri Bibi : https://cheribibibiarritz.com 

Epoq : https://lefooding.com/restaurants/restaurant-epoq-biarritz

Elements : https://lefooding.com/restaurants/restaurant-elements-bidart

Caroe : https://www.caroe.fr 


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