Gaëlle Mancina, fondatrice de Sans Façon et scénographe pour le Club du souper, Le beau au coeur de la table

Les verres de toutes les couleurs pour habiller les tables parisiennes. 

Gaëlle Mancina en pleine mise en table. 

Le Monde de RÉUNI explore l'univers, le parcours et les points de vue d'artisans, d'artistes, d'entrepreneurs, de personnalités des industries créatives et culturelles qui contribuent à la préservation et à la valorisation des savoir-faire et qui influencent d'une manière ou d'une autre notre esthétique et notre art de vivre.


Gaëlle Mancina a eu plusieurs vies avant de devenir une référence dans les arts de la table. Arrivée à Paris pour devenir comédienne, elle est remarquée par un directeur de casting et devient mannequin. C’est en chinant pour son appartement qu’elle prend goût pour les objets anciens, qui peu à peu deviennent une obsession. 


Créative dans l’âme, elle commence à imaginer des dîners fantasques chez elle pour recevoir ses amis. Elle se découvre alors une véritable passion pour la scénographie et la vaisselle chinée et décide d’en faire son métier en concevant des dîners pour le Club du Souper et en créant sa propre marque de curation de vaisselle vintage, Sans Façon.


Celle qui souhaite démocratiser le beau, nous emmène avec elle dans les coulisses d’un shooting où se mêlent nature et sororité et nous décrit son quotidien dans le 3ème arrondissement de Paris où elle vit avec ses enfants, entourée d’amis artistes.


Retrouvez l’intégralité de l’interview sur toutes les plateformes d’écoute de podcasts, ainsi que la retranscription en bas de la page.

Gaëlle un matin de novembre. 

Gaëlle porte la Chemise en Popeline Bleu nuit. 

Préparatifs d'un shooting de table. 

Pour commencer j’aimerais savoir qui tu es ? Comment te définis-tu ? Présente-toi ? 

Je m’appelle Gaëlle Mancina. J’ai 38 ans. J’habite à Paris. Je travaille dans la restauration, l’art de la table…Et tout ce qui est seconde main. 

Peux-tu nous raconter comment tu es arrivée à la restauration et à ce métier multifonction que tu exerces aujourd'hui ? 

Je suis née dans le sud de la France à Mazamet. Je viens des montagnes. Donc j’ai vécu dans un endroit plutôt sain, entourée d’animaux et de nature. Et par curiosité et par envie, je suis venue à Paris pour suivre Les Cours Simon, car je voulais être comédienne. Et je voulais vivre la grande vie à Paris, donc il fallait que je donne tout. Je voulais voir autre chose, avec un nouveau regard… Grandir. Et donc j’ai poursuivi mon chemin. Après le théâtre j’ai fait un peu de comédie mais ça n’a pas donné grand-chose. J’ai finalement été repérée par un directeur de casting pour être mannequin, donc j’ai d’abord exercé ce métier. Et quand je me suis mise en couple, j’ai eu envie de construire et créer un monde pour nous, quelque chose de cocooning. Donc, c’est là où j’ai commencé à chiner des choses parce que je n’avais pas le budget pour acheter de supers meubles de créateurs. Donc j’ai développé cet amour de l’objet, cette fascination des objets. Je suis fan des objets. Donc j’ai commencé à accumuler plein de choses : des chaises, de la vaisselle…. Et c'est là où j’ai commencé à créer des dîners, à recevoir chez moi avec ma vaisselle vintage. En fait, j’avais toujours cette passion au fond de moi. Ma mère chinait aussi. Ce qui me plait dans l’objet, c’est qu’il a appartenu à quelqu’un. C’est-à-dire, que cette ménagère a appartenu à une femme qui s’est mariée, qui l’a eue comme cadeau pour son mariage, et qu’elle a gardée précieusement dans son placard. En fait, quand je chine de la vaisselle j’ai cette idée qu’elle a servi à plein d’événements de la vie : les anniversaires, les dîners, les fêtes, Noël…. Et c’est cette transmission qui me plait. J’ai peu d’héritage puisque ma famille a émigré en France, donc on n’a pas trop d’histoire ; et ce que j’aime en France, c’est l'importance de la tradition. Ces objets sont un héritage que je n’ai pas eu, mais que je cherche à m'approprier à ma façon.
Mix & match de vaisselles chinées. 

Les petits bonbons en verre.

Tu viens de nous parler de cette passion pour l’objet, mais aujourd’hui où est-ce que tu chines ? Comment ? A quelle fréquence ? Et qu’est-ce qui attire ton regard dans un objet banal ? 

Alors, je chine partout : tous les vides greniers, les brocantes, les salons, Leboncoin, tous les médias du style Catawiki, les enchères, Vinted aussi dans la catégorie maison et vaisselle. Et ce qui me touche le plus dans les objets.... C’est très varié. Je peux aimer des barbotines portugaises complètement kitschs qui sortent des schémas qu’on a de la vaisselle traditionnelle mais également la vaisselle classique en émail de Gien par exemple. C’est le mix & match qui m’amuse. On n’est pas dans les conventions bourgeoises et aristocrates. Ce que je cherche à dire, c’est que l’art de la table n’est pas uniquement une élite, pour les riches. Ca fait très social de dire ça, mais ce n’est pas parce que tu n’as pas d’argent que tu ne peux pas mettre de beau dans ta vie. C’est un art du beau. Il faut juste se raconter une histoire et mettre un peu de poésie. 

C’est un art du beau. 

Il faut juste se raconter une histoire et mettre un peu de poésie. 


Et pourquoi c’est intéressant de mettre du « beau » ? 

Parce qu’on en a besoin. Moi ce que je trouve beau c’est l’imparfait. Je peux trouver des objets sublimes que toi tu trouverais horribles. C’est toute la question du regard que l'on attribue à l’objet.

Le salon de Gaëlle. 

Accumulations d'objets. 

De cette passion, tu en as fait ton travail ? 

En fait, j’ai commencé à vendre de la vaisselle chinée sur mon site Sans Façon Paris, et une amie qui s’appelle Cyrielle Rigot, qui a un riad à Marrakech, m’a proposé de faire des dîners là-bas. Donc, j’ai commencé à faire des tables que j’ai postées sur les réseaux et c’est comme ça qu’Arthur Bouvet, mon associé, m’a repérée, car il aimait bien mes tables, il montait Le Club du Souper et il s’est dit que c’était de moi dont il avait besoin. Et on s’est rencontrés et on a collaboré ensemble. On a commencé à travailler sur plein d’événements : soirées privées ou publiques…

Et qu’est ce qui te plaît dans cet exercice ?

C’est la convivialité, l’échange… Le fait de rencontrer plusieurs personnes, de donner, d’échanger, et de manger de bonnes choses cuisinées par un chef. C’est Jordan de l’émission Très très bon qui est un super chef qui cuisine. Les chefs tournent. 

Les étagères remplies de vaisselles collectionnées au fil du temps. 

Les tulipes et la corbeille de fruits. 

Et donc aujourd’hui tu nous reçois chez toi, est-ce que ce lieu te ressemble ? 

Oui, il me ressemble. C’est un espace de coworking que j’ai réaménagé de sorte qu’il soit un lieu de vie. 

J’aime bien théâtraliser ma vie, donc c’est riche en couleurs. 

J’aimerais qu’on fasse un petit tour dans cet appartement car il y a pas mal d’objets qui m'attrapent l’œil, et j’aimerais bien que tu nous les présentes. Peut-être pas tous, mais s’il y a un objet que tu devrais garder ici ça serait lequel ? 

J’aime beaucoup mes chiens, mes King Charles anglais. En fait, dans les familles aristocrates anglaises, lorsque le père voyageait, la maîtresse de maison tournait ces statuettes. Ce sont toujours deux animaux : chien, lions, girafes… A l'époque ça portait chance, et ça amenait prospérité. 

Et si tu ne devais garder qu’un seul objet, ça serait ça ? 

C’est le tableau d’Inès Longevial. Quand j’ai donné naissance à mon premier enfant, elle m’a offert ce tableau. Et c’est moi en train de penser, peut-être, au futur. J’étais enceinte. Les couleurs sont très vives. Et il y a une main … c’est un peu comme le penseur. Voilà.

Riad Sattouf, Virginia Wolf, Mona Chollet, Peter Lindbergh... Les livres du moment de Gaëlle. 

Le portrait de Gaëlle peint par Inès Longevial.

Et tu t’intéresses à tout type d’objet ? 

Les objets de la maison oui. Mais j'aime aussi les vêtements. Cependant vu la consommation actuelle et les problèmes que ça engendre comme la pollution générée par la production de vêtements, ça m’a freinée. C’est pour ça que RÉUNI. Je me dirige vers des vêtements plus respectueux de l'environnement et plus éthiques. 

Qu’est-ce que tu cherches dans un vêtement ?

La simplicité, les coupes, la matière,… qu’il soit durable. En vrai, quand on se suffit à soi-même, lorsqu’on travaille sur soi, on en a moins besoin. Mais je comprends qu’il y ait des gens qui aiment changer et s’amuser avec les vêtements. Mais là je suis dans une phase où je suis très classique. Mais ça peut peut-être changer. C’est en fonction de mon mood. Mais consommer éthique, ce n’est pas une mode, mais plutôt une prise de conscience du monde dans lequel on vit, qui est saturé, et être écologique ou penser de telle ou telle manière, ce n’est pas une mode, ce n’est pas une mode de consommer seconde main. C’est important de consommer responsable. C’est un devoir, une conscience, on n’a pas le choix. 
Le dressing de Gaëlle. 

La chambre de Gaëlle où elle aime passer du temps. 

Tu as vraiment une relation forte avec les objets, l’héritage. Si tu devais choisir une époque pour y vivre ça serait laquelle ? 

La période Art Déco je pense. Pourtant ça n’a rien avoir avec mes goûts actuels, mais c’est une belle période, avec le dessin, le mouvement Dada, les Surréalistes. J’aime beaucoup cette période. Non, en fait surtout de 1900 à 1930. Le Bauhaus, ça a amené tellement de mouvements architecturaux. 

Et quel regard portes-tu sur notre époque ?

J’adore mon époque. Bien que j’aime les objets anciens, je ne suis pas nostalgique du passé. J’aime les technologies, je ne me dis pas c’était mieux avant. On trouve des choses biens dans le passé mais aussi aujourd'hui. Il faut vivre l’instant présent. 

C’est important d’être connecté au présent et de vivre avec ce qu’on a. 

En route pour un nouveau shooting. 
Le confort de la peu lainée. 
Tu vis dans le 3ème arrondissement. Qu’est-ce que tu aimes dans ce quartier ? Pourquoi es-tu venue t’installer ici ? 

Forcément, je suis maman, donc ce sont les écoles et le lifestyle qui m’ont intéressée. Ça veut dire qu'il y a des parcs, des cafés, etc. Et c’est assez riche en termes de population on n’est pas aussi diversifié que dans le 18e, mais c’est un milieu artistique qui me correspond, étant donné que je viens de province c’était le Paris que je recherchais.  

C’est quoi tes habitudes dans ce quartier ? 

Ca va être des choses très simples. Je dépose mes enfants à l’école. Je prends avec ma copine Clara un café, généralement pour parler de nos vies. D’ailleurs, elle travaille avec des artisans, des ébénistes, des potiers et elle les met en avant. Tu vois, les gens que je fréquente sont des gens qui me touchent, qui me ressemblent, des gens artys. 

Et les commerces que tu aimes bien ?

Le marché des Enfants Rouges, il y a un super végétarien à côté du fleuriste. Utopie, c’est une boulangerie exceptionnelle où ils vendent une baguette au sésame et au thé vert. Et Gramme c’est une amie qui fait de la super nourriture, rue des Archives. En fait, il y a plein de choses dans le quartier. 
Gaëlle en plein installation de table. 
Touches finales. 
On se rapproche de la fin de cet épisode. Une question que je pose toujours à la fin, c’est qui aimerais-tu entendre dans ce podcast ? 

Ca serait un couple d’amis que j’adore : Mathias Gervais et Christine Phung. Lui est architecte, elle est créatrice de vêtements. Et ils m’inspirent beaucoup, donc pourquoi pas leur passer le flambeau. Ça n’empêche qu’il y a beaucoup d’autres gens qui m’inspirent. Mes amis m'inspirent beaucoup. 

Pour découvrir l’intégralité de l’interview retranscrite cliquez ici.

Retrouvez également l’interview sur toutes les plateformes d’écoute de podcasts.

Crédits photos RÉUNI.


Références : 

Sans Façon : https://www.instagram.com/sansfaconparis/ 

Le Club du Souper : https://www.instagram.com/leclubdusouper/ 

Faïence de Gien : https://www.gien.com/ 

Catawiki : https://www.catawiki.com/fr/ 

Vinted : https://www.vinted.fr/ 

Mona Chollet

Virginia Woolf

Lettres à D., André Gorz

Amour, Michael Haneke

Call me by your name, Luca Guadagnino

Murakami : https://www.instagram.com/takashipom/?hl=fr 

Simon Buret : https://www.instagram.com/simonburet/?hl=fr 

Mathias Gervais et Christine Phung : https://www.instagram.com/christinephung/ 


Adresses : 

Le Marché des Enfants Rouges, 39 rue de Bretagne - 75003 Paris

Utopie, 20 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris https://www.instagram.com/boulangerieutopie/?hl=fr

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